Il y a cinq cents ans, le rôti de cygne était un mets recherché des gourmets et figurait à Noël sur les grandes tables. Edouard VII a repris cette tradition et donné ordre à son «maître des cygnes» d'engraisser une douzaine de ses «élèves» dont il a fait cadeau, à l'occasion de Noël, à des familles princières, à quelques hauts fonctionnaires de la Cour et aux juges du tribunal supérieur[15].
Note 15:[ (retour) ] Le Gaulois, 26 Décembre 1904.
Le riche anglais veut que son frère pauvre se réjouisse à Noël. Les journaux sont remplis d'appels adressés au public par les sociétés charitables de toute espèce; les souscriptions abondent et la bourse des particuliers s'ouvre largement pour donner aux pauvres leur part de cette fête nationale.—L'Hôpital français, situé à Shaftesbury-Avenue, et desservi par les Soeurs françaises Servantes du Sacré-Coeur, reçoit, chaque année, en surabondance, oies, dindons et puddings pour les malades, convalescents et infirmes. Ce détail nous a été donné, à Londres même, par la Supérieure de l'établissement.
Dans quelques villes d'Angleterre, le maire reçoit, à l'occasion de Noël, cent vieillards qui viennent prendre le thé, pendant que sa femme réunit des veuves sans ressources. Ailleurs, ce sont des fondations pour dons de viande, de couvertures de laine, de sacs de charbons. Ainsi la distribution annuelle de la Christmas Parcel Fund (Société des paquets de Noël) de Shoreditch, établie en 1870, a eu lieu aux Bains de Pitfield-street. Neuf cent cinquante-six des citoyens les plus pauvres de la localité, la plupart ayant une nombreuse famille, ont reçu un paquet d'épicerie contenant une demi-livre de thé, un demi-quart d'une mesure de farine, une demi-livre de sucre et tout ce qui est nécessaire pour faire un bon pudding de Noël—et en plus un ticket pour cent livres de charbon. Quelques mots aimables furent adressés à l'assemblée par le conseiller Dr Davies, président de la Société, qui était assisté de l'honorable Claude Hay, M.P. (membre du Parlement), et de l'Alderman Pearce[16].
Note 16:[ (retour) ] The Daily Telegraph, 23 Décembre 1904.
Dans quelques Work-houses (asiles des pauvres), les dames de charité offrent un dîner de Noël complet: roastbeef, plum-pudding et bière, quand une Société de tempérance n'intervient pas pour remplacer la bière par le thé. Dans ces Work-houses, on prépare même quelquefois, chose toute nouvelle pour l'Angleterre protestante, une cérémonie religieuse à minuit «Watch service», tout comme les catholiques ont la messe de minuit.
Le jour de Noël, un dîner pour plus d'un millier de pauvres est ordonné par la Reine d'Angleterre. Sa Majesté, accompagnée de la princesse de Galles et de ses petits-enfants, parcourt les grandes salles, parlant à ses convives d'un jour, les réjouissant de sa présence, alors que, d'autre part, elle a fait elle-même des couvre-pieds envoyés à la même époque aux hôpitaux de Londres.
Après le dîner de Noël, on se livre à différents jeux: nous n'en citerons que deux.
C'est d'abord le Snap Dragon. Sur une large coupe, on place des raisins secs et des amandes que l'on recouvre d'eau naturelle, sur laquelle surnage une mince couche d'eau-de-vie. On allume alors ce punch d'un nouveau genre, et il s'agit d'enlever prestement, sans se brûler, raisins et amandes que les ondulations d'une longue flamme défendent longtemps contre toute atteinte[17].
Note 17:[ (retour) ] Nicolay. Histoire des Croyances. Tome II, p. 81.