D'aucuns voient dans l'embrasement de la bûche de Noël le symbole du feu qu'auraient allumé dans leurs chaumières les bergers de Bethléem dans cette nuit mémorable où l'Ange leur annonça la naissance de Jésus. D'autres expliquent cet usage par la nécessité de réchauffer à un feu public les pauvres gens qui veillent, à ciel ouvert, pendant cette froide nuit de Noël.
Rien de plus gai que la vue de cette bûche allumée, qu'entourent les artisans et les pauvres. Les uns restent debout, les autres sont assis sur des pierres, quelques-uns fument philosophiquement leurs pipes, d'autres grignotent des marrons qu'ils ont fait rôtir sous la cendre de la bûche; les enfants cassent des noisettes, les vieillards étendent leurs mains au feu pour les dégourdir.
Autour de la traditionnelle bûche de Noël, comme à un immense foyer, tous se donnent rendez-vous; on se trouve si bien dans cette chaude atmosphère et puis on s'y divertit. Devant ce gros morceau de bois qui brûle et crépite joyeusement, qui envoie dans l'air des nuages de fumée et lance des étincelles, la foule reste d'abord immobile et la flamme projette de brillants reflets sur tous les visages. Mais bientôt éclatent les rires les plus joyeux, on échange entre amis les plus innocents badinages, et toutes les voix chantent les cantiques de Noël. De temps en temps on attise le feu, de nouveaux fagots sont ajoutés aux premiers et la plus douce gaîté règne dans toutes les conversations, jusqu'à ce que les derniers tisons de la bûche de Noël s'éteignent avec les premières lueurs de l'aurore.
ESPAGNE
Chez les peuples du Nord, l'idée de Noël est associée à celle de froid, de neige et de bise glaciale. Les enfants s'y représentent «le Bonhomme Noël» avec sa longue barbe blanche et ses vêtements tout couverts de givre clair et craquant.
Là-bas, au midi de l'Espagne, sur la terre andalouse, le soleil brille radieux, l'azur du ciel resplendit sans tache et, le vingt-cinq Décembre, le thermomètre marque ordinairement douze degrés à l'ombre et vingt-cinq au soleil.—Aussi le jour de la Natividad ou de la Navidad, la joie de tous devient bruyante et tapageuse. Pendant la nuit de Noël, la Noche buena (la bonne nuit), comme l'appellent les Espagnols, les rues retentissent de clameurs et des plus assourdissants concerts.
Le temps de Noël, en Espagne, commence avec l'Avent.
A Madrid, la veille du premier dimanche de l'Avent, un fonctionnaire du tribunal ecclésiastique (Rota)[69], accompagné des timbaliers et des trompettes des écuries royales, des alguazils et d'un nombreux cortège, tous en costumes des XVIIe et XVIIIe siècles, parcourt à cheval les principales rues de Madrid et lit le décret concernant la proclamation de la Bula de la Santa Cruzada (la Bulle de la Sainte Croisade). Cette bulle octroyée d'abord par Jules II et renouvelée en 1849, Par Pie IX accorde à tous les Espagnols les mêmes Privilèges que ceux des anciennes Bulles des Croisades d'Urbain II et d'Innocent III.
Note 69:[ (retour) ] Ce tribunal est formé à l'instar de celui de Rome, qui porte le même nom. On l'appelle Rota, qui veut dire roue, parce que la salle où se réunit ce tribunal est circulaire, en sorte que les juges assis forment un rond.
On nous a raconté à Miranda de Ebro qu'à l'époque de l'invasion des Maures, les paysans d'Espagne, au péril de leur vie portèrent des vivres aux troupes catholiques, obligées quelquefois de se réfugier dans des montagnes inaccessibles. On permit aux vaillants défenseurs de la foi et à leurs intrépides pourvoyeurs de faire gras les Vendredis, pour réparer leurs forces épuisées par d'incessantes fatigues. Le privilège devint un usage qui fut consacré par la Bulle de la Sainte Croisade. Celle-ci permet aux Espagnols de faire gras tous les Vendredis de l'année, moyennant une légère aumône[70].