Pendant que l'enfant s'habille, Lory plie soigneusement l'uniforme, la petite veste, les grandes braies rouges, et, le paquet fait, il se passe autour du cou l'étui de fer-blanc où tient la feuille de route...

«Maintenant descendons», dit-il ensuite, et tous trois descendent à la forge sans se parler... Le soufflet ronfle; tout le monde est au travail. En revoyant ce hangar grand ouvert, auquel il pensait tant là-bas, le zouave se rappelle son enfance et comme il a joué là longtemps entre la chaleur de la route et les étincelles de la forge toutes brillantes dans le poussier noir. Il lui prend un accès de tendresse, un grand désir d'avoir le pardon de son père; mais en levant les yeux il rencontre toujours un regard inexorable.

Enfin le forgeron se décide à parler:

«Garçon, dit-il, voilà l'enclume, les outils... tout cela est à toi... Et tout cela aussi!» ajoute-t-il en lui montrant le petit jardin qui s'ouvre là-bas au fond plein de soleil et d'abeilles, dans le cadre enfumé de la porte... «Les ruches, la vigne, la maison, tout t'appartient... Puisque tu as sacrifié ton honneur à ces choses, c'est bien le moins que tu les gardes. Te voilà maître ici... Moi, je pars... Tu dois cinq ans à la France, je vais les payer pour toi.

—Lory, Lory, où vas-tu? crie la pauvre vieille.

—Père!...» supplie l'enfant... Mais le forgeron est déjà parti, marchant à grands pas, sans se retourner...


A Sidi-bel-Abbés, au dépôt du 3e zouaves, il y a depuis quelques jours un engagé volontaire de cinquante-cinq ans.


[LA PENDULE DE BOUGIVAL]