Cette fois-là, la route de Corbigny à Paris avait été rude.
Grossie par les pluies d'automne, la Seine avait fait tomber les barrages, et se ruait vers la mer comme une bête échappée.
Les mariniers inquiets hâtaient leurs livraisons, car le fleuve roulait déjà au ras des quais, et les dépêches, envoyées d'heure en heure par les postes d'éclusiers annonçaient de mauvaises nouvelles.
On disait que les affluents rompaient leurs digues, inondaient la campagne, et la crue montait, montait.
Les quais étaient envahis par une foule affairée, grouillement d'hommes, de charrettes et de chevaux; au-dessus les grues à vapeur manoeuvraient leur grand bras.
La Halle aux vins était déjà déblayée.
Des camions emportaient des caisses de sucre.
Les loueurs quittaient leurs cabines; les quais se vidaient; et la file des charrois, gravissant la pente des rampes, fuyait la crue comme une armée en marche.
Retardés par la brutalité des eaux et les relâches des nuits sans lune, les Louveau désespéraient de livrer leur bois à temps.
Tout le monde avait mis la main à la besogne, et l'on travaillait fort tard dans la soirée à la lueur des becs de gaz du quai et des lanternes.