—Et j'ai vu le fameux groupe… mon groupe.
—Eh bien?
—C'est très beau… Le lévrier court comme un enragé… Le renard dételle admirablement… Seulement je n'ai pas bien compris… Vous m'aviez dit que c'était notre histoire à tous les deux?
—Ah! voilà… Cherchez… C'est un apologue que j'ai lu dans… Vous ne lisez pas Rabelais, monsieur le duc?
—Ma foi, non. Il est trop grossier…
—Eh bien, moi, j'ai appris à lire là-dedans. Très mal élevée, vous savez. Oh! très mal… Mon apologue est donc tiré de Rabelais. Voici: Bacchus a fait un renard prodigieux, imprenable à la course. Vulcain de son côté a donné à un chien de sa façon le pouvoir d'attraper toute bête qu'il poursuivra. «Or, comme dit mon auteur, advint qu'ils se rencontrèrent.» Vous voyez quelle course enragée et… interminable. Il me semble, mon cher duc, que le destin nous a mis ainsi en présence, munis de qualités contraires, vous qui avez reçu des dieux le don d'atteindre tous les coeurs, moi dont le coeur ne sera jamais pris.»
Elle lui disait cela, bien en face, presque en riant, mais serrée et droite dans sa tunique blanche qui semblait garder sa personne contre les libertés de son esprit. Lui, le vainqueur, l'irrésistible, il n'en avait jamais rencontré de cette race audacieuse et volontaire. Aussi l'enveloppait-il de toutes les effluves magnétiques d'une séduction, pendant qu'autour d'eux le murmure montant de la fête, les rires flûtés, le frôlement des satins et des franges de perles faisaient l'accompagnement à ce duo de passion mondaine et de juvénile ironie.
Il reprit au bout d'une minute:
«Mais comment les dieux se sont-ils tirés de ce mauvais pas?
—En changeant les deux coureurs en pierre.