—Oui… je m'ennuyais… un jour de spleen… Ces journées-là sont mauvaises pour moi…

—Est-ce que la duchesse devait venir?

—La duchesse?… Non. Je ne la connais pas.

—Eh bien! à votre place, je ne recevrais jamais chez moi, à ma table, un homme marié dont je ne verrais pas la femme… Vous vous plaignez d'être une abandonnée; pourquoi vous abandonner vous-même?… Quand on est sans reproche, il faut se garder du soupçon… Est-ce que je vous fâche?

—Non, non, grondez-moi, Minerve… Je veux bien de votre morale. Elle est droite et franche, celle-là; elle ne clignote pas comme celle des Jenkins… Je vous l'ai dit, j'ai besoin qu'on me conduise…»

Et jetant devant lui le croquis qu'elle venait de terminer:

«Tenez! voilà l'amie dont je vous parlais… Une affection profonde et sûre que j'ai eu la folie de laisser perdre comme une gâcheuse que je suis… C'est elle que j'invoquais dans les moments difficiles, quand il fallait prendre une décision, faire quelque sacrifice… Je me disais: «Qu'en pensera-t-elle?» comme nous nous arrêtons dans un travail d'artiste pour songer à quelque grand, à un de nos maîtres… Il faut que vous soyez cela pour moi. Voulez-vous?»

Paul ne répondit pas. Il regardait le portrait d'Aline. C'était elle, c'était bien elle, son profil pur, sa bouche railleuse et bonne, et la longue boucle en caresse sur le col fin. Ah! tous les ducs de Mora pouvaient venir maintenant. Félicia n'existait plus pour lui.

Pauvre Félicia, douée de pouvoirs supérieurs, elle était bien comme ces magiciennes qui nouent et dénouent les destins des hommes sans pouvoir rien pour leur propre bonheur.

«Voulez-vous me donner ce croquis?» dit-il tout bas, la voix émue.