—Bois-l'Héry à Mazas! Ce n'est pas possible… Voici la marquise en face de nous, aux premières galeries, avec un chapeau neuf…
—Qu'est-ce que ça prouve?… Elle fait son métier de lanceuse… Il est très joli, ce chapeau… aux couleurs du cheval de Desgranges.
—Et Jenkins? que devient Jenkins?
—A Tunis avec Félicia… Le vieux Brahim les a vus tous les deux… Il paraît que le bey se met décidément aux perles.
—Bigre!…»
Plus loin, des voix douces murmuraient:
«Vas-y, père, vas-y donc… Vois comme il est seul ce pauvre homme.
—Mais, mes enfants, je ne le connais pas.
—Eh bien! rien qu'un salut… Quelque chose qui lui prouve qu'il n'est pas complètement abandonné…»
Aussitôt un petit vieux monsieur, très rouge, en cravate blanche, s'élançait au-devant du Nabab et lui donnait un grand coup de chapeau respectueux. Avec quelle reconnaissance, quel sourire d'empressement aimable ce salut unique fut rendu, ce salut d'un homme que Jansoulet ne connaissait pas, qu'il n'avait jamais vu, et qui pesait pourtant d'un grand poids sur sa destinée; car sans le père Joyeuse, le président du conseil de la Territoriale aurait eu probablement le sort du marquis de Bois-l'Héry. C'est ainsi que, dans l'enchevêtrement de la société moderne, ce grand tissage d'intérêts, d'ambitions, de services acceptés et rendus, tous les mondes communiquent entre eux, mystérieusement unis par les dessous, des plus hautes existences aux plus humbles; voilà ce qui explique le bariolage, la complication de cette étude de moeurs, l'assemblage des fils épars dont l'écrivain soucieux de vérité est forcé de faire le fond de son drame.