«Tu es bien heureux, soupira Jansoulet.»

Sa tristesse en disait long sur ce qui manquait à mademoiselle Afchin.
Puis, après un silence, le baron reprit:

«Elle t'en veut beaucoup Marie, tu sais… Elle ne sera pas contente d'apprendre que nous nous sommes parlé.»

Il fronçait son gros sourcil, comme s'il regrettait leur réconciliation, à la pensée de la scène conjugale qu'elle lui vaudrait. Jansoulet bégaya:

«Je ne lui ai rien fait pourtant…

—Allons, allons, vous n'avez pas été bien gentils pour elle… Pense à l'affront qu'elle a subi lors de notre visite de noces… Ta femme nous faisant dire qu'elle ne recevait pas les anciennes esclaves… Comme si notre amitié ne devait pas être plus forte qu'un préjugé… Les femmes n'oublient pas ces choses-là.

—Mais je n'y suis pour rien, moi, mon vieux. Tu sais comme tous ces
Afchin sont fiers.»

Il n'était pas fier, lui, le pauvre homme. Il avait une mine si piteuse, si suppliante devant le sourcil froncé de son ami, que celui-ci en eut pitié. Décidément, le cimetière l'attendrissait, ce baron.

«Écoute, Bernard, il n'y a qu'une chose qui compte… Si tu veux que nous soyons camarades comme autrefois, que ces poignées de mains que nous avons échangées ne soient pas perdues, il faut obtenir de ma femme qu'elle se réconcilie avec vous… Sans cela rien de fait… Lorsque mademoiselle Afchin nous a refusé sa porte, tu l'as laissée faire, n'est-ce pas?… Moi de même, si Marie me disait en rentrant: «Je ne veux pas que vous soyez amis…» toutes mes protestations ne m'empêcheraient pas de te flanquer par-dessus bord. Car il n'y a pas d'amitié qui tienne. Ce qui est encore meilleur que tout, c'est d'avoir la paix chez soi.

—Mais alors, comment faire? demanda le Nabab épouvanté.