Le baron le regarda stupéfait:

«Ah ça! mais tu baisses, voyons… En donnant cent, deux cent, trois cent mille francs, s'il le faut…

—Y songes-tu?… Le Merquier, cet homme intègre… «Ma conscience,» comme on l'appelle…»

Cette fois le rire d'Hemerlingue éclata avec une expansion extraordinaire, roula jusqu'au fond des mausolées voisins peu habitués à tant d'irrespect.

«Ma conscience,» un homme intègre… Ah! tu m'amuses… Tu ne sais donc pas qu'elle est à moi, cette conscience, et que…»

Il s'arrêta, regarda derrière lui, un peu troublé d'un bruit qu'il entendait:

«Écoute…»

C'était l'écho de son rire renvoyé du fond d'un caveau, comme si cette idée de la conscience de Le Merquier égayait même les morts.

«Si nous marchions un peu, dit-il, il commence à faire frais sur ce banc.»

Alors, tout en marchant entre les tombes, il lui expliqua avec une certaine fatuité pédante qu'en France les pots-de-vin jouaient un rôle aussi important qu'en Orient. Seulement on y mettait plus de façon que là-bas. On se servait de cache-pots… «Ainsi voilà Le Merquier, n'est-ce pas?… Au lieu de lui donner ton argent tout à trac dans une grande bourse comme à un séraskier, on s'arrange. Il aime les tableaux, cet homme. Il est toujours en trafic avec Schwalbach, qui se sert de lui pour amorcer la clientèle catholique… Eh bien! on lui offre une toile, un souvenir à accrocher sur un panneau de son cabinet. Le tout est d'y mettre le prix… Du reste, tu verras. Je te conduirai chez lui, moi. Je te montrerai comme ça se pratique.»