Un formidable bruit de ferraille m'arrêta dans mes effusions. Je me retournai vivement et me trouvai en face d'un long personnage, à favoris rouges, qui venait d'entrer dans le cabinet sans qu'on l'eût entendu: c'était le surveillant général.

Sa tête penché sur l'épaule, à l'Ecce homo, il me regardait avec le plus doux des sourires, en secouant un trousseau de clefs de toutes dimensions, suspendu à son index. Le sourire m'aurait prévenu en sa faveur, mais les clefs grinçaient avec un bruit terrible—frinc! frinc! frinc—qui me fit peur.

«Monsieur Viot, dit le principal, voici le remplaçant de M. Serrières qui nous arrive.»

M. Viot s'inclina et me sourit le plus doucement du monde. Ses clefs, au contraire, s'agitèrent d'un air ironique et méchant comme pour dire: «Ce petit homme-là remplacer M. Serrières! allons donc! allons donc!»

Le principal comprit aussi bien que moi ce que les clefs venaient de dire, et ajouta avec un soupir: «Je sais qu'en perdant M. Serrières, nous faisons une perte presque irréparable (ici les clefs poussèrent un véritable sanglot…); mais je suis sûr que si M. Viot veut bien prendre le nouveau maître sous sa tutelle spéciale, et lui inculquer ses précieuses idées sur l'enseignement, l'ordre et la discipline de la maison n'auront pas trop à souffrir du départ de M. Serrières.»

Toujours souriant et doux, M. Viot répondit que sa bienveillance m'était acquise et qu'il m'aiderait volontiers de ses conseils; mais les clefs n'étaient pas bienveillantes, elles. Il fallait les entendre s'agiter et grincer avec frénésie: «Si tu bouges, petit drôle, gare à toi.»

«Monsieur Eyssette, conclut le principal, vous pouvez vous retirer. Pour ce soir encore, il faudra que vous couchiez à l'hôtel… Soyez ici demain à huit heures… Allez…»

Et il me congédia d'un geste digne.

M. Viot, plus souriant et plus doux que jamais, m'accompagna jusqu'à la porte; mais, avant de me quitter, il me glissa dans la main un petit cahier.

«C'est le règlement de la maison, me dit-il. Lisez et méditez…»