«Je suis sûr que si tu voyais cela, tu voudrais venir me trouver au plus vite; moi aussi je te voudrais près de moi, et je ne te dis pas que quelque jour je ne te ferai pas signe de venir.
«En attendant, aime-moi toujours bien et ne travaille pas trop dans ton collège, de peur de tomber malade.
«Je t'embrasse. Ton frère
«JACQUES.»
Ce brave Jacques! quel mal délicieux il venait de me faire avec sa lettre! je riais et je pleurais en même temps. Toute ma vie de ces derniers mois, le punch, le billard, le café Barbette, me faisaient l'effet d'un mauvais rêve, et je pensais: «Allons! c'est fini. Maintenant je vais travailler, je vais être courageux comme Jacques.»
A ce moment, la cloche sonna. Mes élèves se mirent en rang, ils causaient beaucoup du sous-préfet et se montraient, en passant, sa voiture stationnant devant la porte. Je les remis entre les mains des professeurs; puis, une fois débarrassé d'eux, je m'élançai en courant dans l'escalier. Il me tardait tant d'être seul dans ma chambre avec la lettre de mon frère Jacques!
«Monsieur Daniel, on vous attend chez le principal.»
Chez le principal?… Que pouvait avoir à me dire le principal?… Le portier me regardait avec un drôle d'air. Tout à coup, l'idée du sous-préfet me revint.
«Est-ce que M. le sous-préfet est là-haut?» demandai-je.
Et le coeur palpitant d'espoir je me mis à gravir les degrés de l'escalier quatre à quatre.