Tout à coup, près de la chaise où l'aveugle s'était assis, je sentis quelque chose rouler sous mon pied. En me baissant, je reconnus son portefeuille, un gros portefeuille luisant, à coins cassés, qui ne le quitte jamais et qu'il appelle en riant sa poche à venin. Cette poche, dans notre monde, était aussi renommée que les fameux cartons de M. de Girardin. On disait qu'il y avait des choses terribles là-dedans... L'occasion se présentait belle pour m'en assurer. Le vieux portefeuille, trop gonflé, s'était crevé en tombant, et tous les papiers avaient roulé sur le tapis; il me fallut les ramasser l'un après l'autre...
Un paquet de lettres écrites sur du papier à fleurs, commençant toutes: Mon cher papa, et signées: Céline Bixiou, des enfants de Marie.
D'anciennes ordonnances pour des maladies d'enfants: croup, convulsions, scarlatine, rougeole... (la pauvre petite n'en avait pas échappé une!)
Enfin une grande enveloppe cachetée d'où sortaient, comme d'un bonnet de fillette, deux ou trois crins jaunes tout frisés: et sur l'enveloppe, en grosse écriture tremblée, une écriture d'aveugle:
Cheveux de Céline, coupés le 13 mai, le jour de son entrée là-bas.
Voilà ce qu'il y avait dans le portefeuille de Bixiou.
Allons, Parisiens, vous êtes tous les mêmes. Le dégoût, l'ironie, un rire infernal, des blagues féroces, et puis pour finir:... Cheveux de Céline coupés le 13 mai.