— Alors, il nous faudra partir? demanda la paysanne, songeuse, sans bouger.

— M. le ministre désire que ce soit le plus tôt possible… Il a hâte de vous savoir chez vous, heureux comme auparavant.

Valmajour l'ancien risqua un coup d'oeil vers les billets:

«Moi, ça me paraît raisonnable… Dé qué n'en disés?»

Elle n'en disait rien, attendait la suite, ce que Méjean préparait en tournant et retournant son portefeuille: «À ces cinq mille francs, nous en joindrons cinq mille que voici pour ravoir… pour ravoir…» L'émotion l'étranglait. Cruelle commission que Rosalie lui avait donnée là. Ah! il en coûte souvent de passer pour un homme paisible et fort; on exige de vous bien plus que des autres. Il ajouta très vite «le portrait de mademoiselle Le Quesnoy.

— Enfin!… nous y voilà… Le portrait… Je savais bien, pardi!» Elle ponctuait chaque mot d'un saut de chèvre. «Comme ça, vous croyez qu'on nous aura fait venir de l'autre bout de la France, qu'on nous aura tout promis à nous qui ne demandions rien, et puis qu'on nous mettra dehors comme des chiens qui auraient fait leurs malpropretés partout… Reprenez votre argent, monsieur… Pour sûr que nous ne partirons pas, vous pouvez-y dire, et qu'on ne le leur rendra pas, le portrait… C'est un papier, ça… Je le garde dans ma saquette… Il ne me quitte jamais et je le montrerai dans Paris, avec ce qu'il y a d'écrit dessus, pour que le monde sache que tous ces Roumestan c'est qu'une famille de menteurs… de menteurs…»

Elle écumait.

— Mademoiselle Le Quesnoy est bien malade, dit Méjean très grave.

— Avaï!…

— Elle va quitter Paris et probablement n'y rentrera pas… vivante.