— Rien de tout cela n'est vrai, et elle ne riait plus cette fois, — il existe dans la banlieue d'Aps dix familles de ce nom soi- disant princier. Ceux qui t'ont dit autre chose ont menti par vanité, par…
— Mais c'est Numa, c'est ton mari… L'autre soir, au ministère, il donnait toutes sortes de détails.
— Oh! avec lui, tu sais… Il faut mettre au point, comme il dit.
Hortense n'écoutait plus. Elle était rentrée dans le salon, et assise au piano elle entonnait d'une voix éclatante:
Mount' as passa la matinado Mourbieù, Marioun…
C'était, sur un air grave comme du plain-chant, une ancienne chanson populaire de Provence que Numa avait apprise à sa belle- soeur et qu'il s'amusait à lui entendre chanter avec son accent parisien qui, glissant sur les articulations méridionales, faisait penser à de l'italien prononcé par une Anglaise.
— Où as-tu passé ta matinée, morbleu, Marion? — À la fontaine chercher de l'eau, mon Dieu, mon ami. — Quel est celui qui te parlait, morbleu, Marion? — C'est une de mes camarades, mon Dieu, mon ami.
— Les femmes ne portent pas les brayes, morbleu, Marion. — C'était sa robe entortillée, mon Dieu, mon ami. — Les femmes ne portent pas l'épée, morbleu, Marion. — C'est sa quenouille qui pendait, mon Dieu, mon ami.
— Les femmes ne portent pas moustache, morbleu, Marion. — C'étaient des mûres qu'elle mangeait, mon Dieu, mon ami. — Le mois de mai ne porte pas de mûres, morbleu, Marion. — C'était une branche de l'automne, mon Dieu, mon ami.
— Va m'en chercher une assiettée, morbleu, Marion. — Les petits oiseaux les ont toutes mangées, mon Dieu, mon ami. — Marion!… je te couperai la tête, morbleu, Marion… — Et puis que ferez-vous du reste, mon Dieu, mon ami?