«Les malheureux! Le mari va tout voir,» se disait à chaque instant
Pascalon.
Eh bien, non, le mari ne voyait rien, et semblait lui aussi prendre un plaisir extrême aux récits du grand Tarasconnais.
Sur un désir de lady William, Tartarin conta l'histoire de la Tarasque, sainte Marthe et son ruban bleu; il parla de son peuple, dit la race tarasconnaise, ses traditions, son exode; puis il exposa son gouvernement, ses projets, ses réformes, le nouveau code qu'il préparait. Un code, par exemple, c'était bien la première fois qu'il lui arrivait d'en parler, même à Pascalon; mais sait-on jamais tout ce que roulent ces vastes cervelles de conducteurs de peuples!
Il fut profond, il fut gai, il chanta des airs du pays, Jean de Tarascon pris par les corsaires, ses amours avec la fille du sultan.
Penché vers lady William, de quel vibrant et brûlant «à mi-voix» il lui fredonnait le couplet:
«On dit qu'en étant général d'armée, — la tête enramée — avec du laurier, la fille du roi jolie et luisante, — de lui amoureuse, — un jour lui disait…
La languissante créole, si pâle d'ordinaire, en devenait toute rose.
Puis, la chanson finie, elle voulut savoir ce que c'était que la farandole, cette danse dont les Tarasconnais parlent toujours.
«Oh mon Dieu, c'est bien simple, vous allez voir…,» fit le bon
Tartarin.
Et, voulant ménager l'effet pour lui tout seul, il dit à son secrétaire: