Tartarin, lui non plus, en sa qualité de gouverneur, d'organisateur, de dépositaire de la pensée du duc de Mons, ne pouvait quitter la France qu'avec le dernier convoi. Mais en attendant ce jour impatiemment désiré, il déployait cette énergie, ce feu au corps que l'on a pu admirer dans toutes ses entreprises.
Sans cesse en route entre Tarascon et Marseille, insaisissable comme un météore qu'emporte une invisible force, il n'apparaissait, ici ou là, que pour repartir aussitôt.
«Vous vous fatiguez trop, Maî…aî… tre!…» bégayait Pascalon, les soirs où le grand homme arrivait à la pharmacie, le front fumant, le dos arrondi.
Mais Tartarin se redressait:
«Je me reposerai là-bas. À l'oeuvre, Pascalon, à l'oeuvre!»
L'élève chargé de la garde de la pharmacie depuis le départ de Bézuquet, cumulait avec cette responsabilité de bien plus importantes fonctions.
Pour continuer la propagande si bien commencée, Tartarin publiait un journal, la Gazette de Port-Tarascon, que Pascalon rédigeait à lui seul de la première à la dernière ligne, d'après les indications, et sous la direction suprême du gouverneur.
Cette combinaison nuisait bien un peu aux intérêts de la pharmacie; les articles à écrire, les épreuves à corriger, les courses à l'imprimerie, ne laissaient guère de temps aux travaux d'officine, mais Port-Tarascon, avant tout!
La Gazette donnait chaque jour au public de la métropole les nouvelles de la colonie. Elle contenait des articles sur ses ressources, ses beautés, son magnifique avenir; on y trouvait aussi des faits divers, des variétés, des récits pour tous les goûts.
Récits de voyages à la découverte des îles, conquêtes, combats contre les sauvages, pour les esprits aventureux. Aux gentilshommes campagnards, des histoires de chasse à travers les forêts, d'étonnantes parties de pêche sur des rivières extraordinairement poissonneuses, avec description des méthodes et des engins de pêche des naturels du pays.