Le Fils de l'homme eut son pâle sourire:
«Rappelle-toi, fit-il, le doigt levé… Ce que le Christ a bâti, le Christ seul pourra le détruire!
Et Pierre songeait, la tête basse:
«J'ai trop parlé, pauvres enfants, j'ai trop parlé!».
Ils se trouvaient en ce moment sur des pentes fertiles au pied desquelles une riche cité impériale étendait à perte de vue ses dômes, ses terrasses, clochers brodés, tours et flèches de cathédrales où des croix de toutes formes, en marbre et en or, étincelaient dans le couchant paisible.
«J'espère qu'ils en ont, par ici, des couvents et des églises! reprit le bon vieillard, essayant de détourner la colère du Seigneur… ça fait plaisir au moins!».
Mais vous savez que ce que Jésus méprise sur toute chose c'est le culte hypocrite et somptueux des Pharisiens, ces églises où l'on va à la messe par genre et ces couvents qui fabriquent du garus et du chocolat; aussi pressait-il le pas sans répondre, et les moissons étant très hautes, par-dessus les blés dans la descente, du formidable destructeur de l'humanité on ne voyait qu'un paquet de hardes sautillant au bout d'un bâton de routier… Et donc, en cette ville où ils entrèrent, vivait un vieux, vieux empereur, le doyen des princes de l'Europe comme il en était le plus juste et le plus puissant, qui gardait la guerre enchaînée aux essieux de ses canons et, par force ou persuasion, empêchait les peuples de se dévorer entre eux.
Tant qu'il serait là, il y avait comme un accord tacite de chien à loup que les ouailles brouteraient tranquilles; après, par exemple, gare là-dessous! C'est pourquoi tout le monde y tenait, à la vie du bon empereur; pas une mère qui ne fût prête à s'ouvrir les veines pour lui faire du sang plus vermeil et plus riche.
Puis, soudainement, tout cet amour se tourna en haine, un mot d'ordre infernal circula:
«Tuons-le…, c'est le bon tyran, le plus exécrable de tous, puisqu'il ne nous laisse pas même le droit à la révolte.»