— Aucune.»

Pécaïre! Quelque temps après nous en avions des nouvelles, détaillées, précises, assez pour me permettre de vous conter l'exode de ce vaillant petit peuple à la suite de son héros, et les formidables mésaventures qui les assaillirent.

* * *

Pascal a dit: «Il faut de l'agréable et du réel; mais il faut que cet agréable soit lui-même pris du vrai.» J'ai tâché de me conformer à sa doctrine dans cette histoire de Port-Tarascon.

Mon récit est pris du vrai, fait avec des lettres d'émigrants, le «mémorial» du jeune secrétaire de Tartarin, des dépositions empruntées à la _Gazette des Tribunaux; _et quand vous rencontrerez ça et là, quelque tarasconnade par trop extravagante, que le crique me croque si elle est de mon invention[2]!

LIVRE PREMIER

Chapitre I

Doléances de Tarascon contre l'état des choses. — Les boeufs, les Pères blancs. —Un tarasconnais au pays. — Siège et reddition de l'abbaye de Pampérigouste.

«Franquebalme, mon bon…, Je ne suis pas content de la France!…
Nos gouvernants nous font de tout.»

Proférées un soir par Tartarin devant la cheminée du cercle, avec le geste et l'accent qu'on imagine, ces paroles mémorables résument bien ce qui se pensait et disait à Tarascon-sur-Rhône deux ou trois mois avant l'émigration. Le Tarasconnais en général ne s'occupe pas de politique: indolent de nature, indifférent à tout ce qui ne l'atteint pas localement, il tient pour l'état de choses, comme il dit. Pas moins, depuis quelque temps, on lui reprochait un tas de choses, à l'état de choses!