— Déchelette nous a conté lhistoire de lenfant, cest très gentil ce que vous avez fait là, ma chère.

— Oui, fit Caoudal à Gaussin, oui, très chic, ladoption… Pas province du tout.

Elle semblait embarrassée de ces éloges, quand on buta contre un meuble dans latelier obscur, et une voix, demanda:

— Personne?

Déchelette dit:

— Voilà Ezano.

Celui-là, Jean ne lavait jamais vu; mais il savait quelle place ce bohème, ce fantaisiste, aujourdhui rangé, marié, chef de division aux Beaux-Arts, avait tenue dans lexistence de Fanny Legrand, et il se souvenait dun paquet de lettres passionnées et charmantes. Un petit homme savança, creusé, desséché, la démarche raide, qui donnait la main de loin, tenait les gens à distance par une habitude destrade, de figuration administrative. Il parut très surpris de voir Fanny, surtout de la retrouver belle après tant dannées:

«Tiens!… Sapho…» et une rougeur furtive égaya ses pommettes.

Ce nom de Sapho qui la rendait au passé, la rapprochait de tous ses anciens, causa une certaine gêne.

«Et M. dArmandy qui nous la amenée…» fit Déchelette vivement pour prévenir le nouveau venu. Ezano salua; on se mit à causer. Fanny rassurée de voir comme son amant prenait les choses, et fière de lui, de sa beauté, de sa jeunesse, devant des artistes, des connaisseurs, se montra très gaie, très en verve. Toute à sa passion présente, à peine se souvenait-elle de ses liaisons avec ces hommes; des années de cohabitation pourtant, de vie en commun où lempreinte se fait dhabitudes, de manies, gagnées à un contact et lui survivant, jusquà cette façon de rouler les cigarettes quelle tenait dEzano comme sa préférence du Job et du maryland.