De temps en temps, lété étant très beau cette année-là, ils sen allaient à la découverte de tous ces jolis coins des environs de Paris dont elle savait la carte précise et détaillée. Ils se mêlaient aux départs nombreux, turbulents, des gares de banlieue, déjeunaient dans quelque cabaret à la lisière des bois ou des eaux, évitant seulement certains endroits trop courus. Un jour quil lui proposait daller aux Vaux-de-Cernay.
— Non, non… pas là… il y a trop de peintres…
Et cette antipathie des artistes, il se rappela quelle avait été linitiation de leur amour. Comme il en demandait la raison:
— Ce sont, dit-elle, des détraqués, des compliqués qui racontent toujours plus de choses quil ny en a… Ils mont fait beaucoup de mal…
Lui protestait:
— Pourtant, lart, cest beau… Rien de tel pour embellir, élargir la vie.
— Vois-tu, mami, ce qui est beau, cest dêtre simple et droit comme toi, davoir vingt ans et de bien saimer…
Vingt ans! on ne lui eût pas donné davantage, à la voir si vivante, toujours prête, riant à tout, trouvant tout bon.
Un soir, à Saint-Clair, dans la vallée de Chevreuse, ils arrivèrent la veille de la fête et ne trouvèrent pas de chambre. Il était tard, il fallait une lieue de bois dans la nuit pour rejoindre le prochain village. Enfin on leur offrit un lit de sangle, resté libre au bout dune grange où dormaient des maçons.
— Allons-y, dit-elle en riant… ça me rappellera mon temps de misère.