Par là-dessus, un grand soleil féroce qui faisait luire l'acier
des glaives et les crosses des armes à feu, comme pour vous
donner encore plus la chair de poule.... Ce qui rassurait un
[25]peu pourtant, c'était le bon air d'ordre et de propreté qui régnait
sur toute cette yataganerie. Tout y était rangé, soigné, brossé,
étiqueté comme dans une pharmacie; de loin en loin, un petit
écriteau bonhomme sur lequel on lisait:
Flèches empoisonnées, n'y touchez pas!
[30]Ou
Armes chargées, méfiez-vous!
Sans ces écriteaux, jamais je n'aurais osé entrer.
Au milieu du cabinet, il y avait un guéridon. Sur le guéridon,
un flacon de rhum, une blague turque, les Voyages du capitaine
Cook, les romans de Cooper, de Gustave Aimard, des récits de
chasse à l'ours, chasse au faucon, chasse à l'éléphant,
[5]etc.... Enfin, devant le guéridon, un homme était assis, de
quarante à quarante-cinq ans, petit, gros, trapu, rougeaud, en
bras de chemise, avec des caleçons de flanelle, une forte barbe
courte et des yeux flamboyants, d'une main il tenait un livre,
de l'autre il brandissait une énorme pipe à couvercle de fer, et,
[10]tout en lisant je ne sais quel formidable récit de chasseurs de
chevelures, il faisait, en avançant sa lèvre inférieure, une moue
terrible, qui donnait à sa brave figure de petit rentier tarasconnais
ce même caractère de férocité bonasse qui régnait dans
toute la maison.
[15]Cet homme, c'était Tartarin, Tartarin de Tarascon, l'intrépide,
le grand, l'incomparable Tartarin de Tarascon.
II
Coup d'oeil général
jeté sur la bonne ville de Tarascon;
les chasseurs de casquettes.