Ils!!!
C'est à ces différents talents que Tartarin de Tarascon devait
sa haute situation dans la ville.
Du reste, c'est une chose positive que ce diable d'homme
avait su prendre tout le monde.
[5]A Tarascon, l'armée était pour Tartarin. Le brave commandant
Bravida, capitaine d'habillement en retraite, disait de lui:
«C'est un lapin!» et vous pensez que le commandant s'y connaissait
en lapins, après en avoir tant habillé.
La magistrature était pour Tartarin. Deux ou trois fois, en
[10]plein tribunal, le vieux président Ladevèze avait dit, parlant
de lui:
«C'est un caractère!»
Enfin le peuple était pour Tartarin. Sa carrure, sa démarche,
son air, un air de bon cheval de trompette qui ne craignait pas
[15]le bruit, cette réputation de héros qui lui venait on ne sait d'où,
quelques distributions de gros sous et de taloches aux petits
décrotteurs étalés devant sa porte, en avaient fait le lord Seymour
de l'endroit, le Roi des halles tarasconnaises. Sur les quais, le dimanche
soir, quand Tartarin revenait de la chasse, la casquette
[20]an bout du canon, bien sanglé dans sa veste de futaine, les
portefaix du Rhône s'inclinaient pleins de respect, et se montrant du
coin de l'oeil les biceps gigantesques qui roulaient sur ses bras,
ils se disaient tout has les uns aux autres avec admiration:
«C'est celui-là qui est fort!... Il a DOUBLES MUSCLES!»
[25]DOUBLES MUSCLES!