Tartarin ne le savait pas bien lui-même.... Ils! c'était
tout ce qui attaque, tout ce qui combat, tout ce qui mord, tout
ce qui griffe, tout ce qui scalpe, tout ce qui hurle, tout ce qui
rugit.... Ils! c'était I'Indien Sioux dansant autour du poteau
de guerre où le malheureux blanc est attaché.
C'était l'ours gris des montagnes Rocheuses qui se dandine,
[5]et qui se lèche avec une langue pleine de sang. C'était encore
le Touareg du désert, le pirate malais, le bandit des Abruzzes....
Ils enfin, c'était ils! ... c'est-à-dire la guerre,
les voyages, l'aventure, la gloire.
Mais, hélas! I'intrépide Tarasconnais avait beau les appeler,
[10]les défier ... ils ne venaient jamais.... Pécaïré!
qu'est-ce qu'ils seraient venus faire à Tarascon?
Tartarin cependant les attendait toujours;--surtout le soir
en allant au cercle.
V
Quand Tartarin allait au cercle.
Le chevalier du Temple se disposant à faire une sortie contre
[15]l'infidèle qui l'assiège, le tigre chinois s'équipant
pour la bataille, le guerrier comanche entrant sur le sentier de
la guerre, tout cela n'est rien auprès de Tartarin de Tarascon
s'armant de pied en cap pour aller au cercle, à neuf heures du soir,
une heure après les clairons de la retraite.
[20]Branle-has de combat! comme disent les matelots.