[20]Des chameaux déjà! Les lions ne devaient pas être loin; et,
en effet, au bout de cinq minutes, il vit arriver vers lui, le fusil
sur l'épaule, toute une troupe de chasseurs de lions.
«Les lâches!» se dit notre héros en passant à côté d'eux,
«les lâches! Aller au lion par bandes, et avec des chiens!...»
[25]Car il ne se serait jamais imaginé qu'en Algérie on pût chasser
autre chose que des lions. Pourtant ces chasseurs avaient de
si bonnes figures de commerçants retirés, et puis cette façon
de chasser le lion avec des chiens et des carnassières était si
patriarcale, que le Tarasconnais, un peu intrigué, crut devoir
[30]aborder un de ces messieurs.
«Et autrement, camarade, bonne chasse?
--Pas mauvaise,» répondit l'autre en regardant d'un oeil
effaré l'armement considérable du guerrier de Tarascon.
«Vous avez tué?
--Mais oui ... pas mal ... voyez plutôt.» Et le chasseur algérien
montrait sa carnassière, toute gonflée de lapins et de bécasses.
«Comment ça! votre carnassière?... vous les mettez dans
[5]votre carnassière?
--Où voulez-vous donc que je les mette?
--Mais alors, c'est ... c'est des tout petits....