Tout à coup il s'arrêta, le sol blanchissait vaguement devant lui…
Gare les yeux!…

Il arrivait dans la région des neiges…

Tout de suite il tira ses lunettes de leur étui, les assujettit solidement. La minute était solennelle. Un peu ému, fier tout de même, il sembla à Tartarin que, d'un bond, il s'était élevé de 1.000 mètres vers les cimes et les grands dangers.

Il n'avança plus qu'avec précaution, rêvant des crevasses et des rotures dont lui parlaient ses livres et, dans le fond de son coeur, maudissant les gens de l'auberge qui lui avaient conseillé de monter tout droit et sans guides. Au fait, peut-être s'était-il trompé de montagne! Plus de six heures qu'il marchait, quand le Rigi ne demandait que trois heures. Le vent soufflait, un vent froid qui faisait tourbillonner la neige dans la brume crépusculaire.

La nuit allait le surprendre. Où trouver une hutte, seulement l'avancée d'une roche pour s'abriter? Et tout à coup il aperçut devant lui, sur le terre-plein sauvage et nu, une espèce de chalet en bois, bandé d'une pancarte aux lettres énormes qu'il déchiffra péniblement: «PHO…TO…GRA…PHIE DU RI…GI…KULM». En même temps, l'immense hôtel aux trois cents fenêtres lui apparaissait un peu plus loin entre les lampadaires de fête qui s'allumaient dans le brouillard.

III

UNE ALERTE SUR LE RIGI.—-DU SANG-FROID! DU SANG-FROID!—LE COR DES ALPES.—-CE QUE TARTARIN TROUVE A SA GLACE EN SE RÉVEILLANT.—-PERPLEXITÉ.—-ON DEMANDE UN GUIDE PAR LE TÉLÉPHONE.

«Quès aco?… Qui vive?…» fit le Tarasconnais l'oreille tendue, les yeux écarquillés dans les ténèbres.

Des pas couraient par tout l'hôtel, avec des claquements de portes, des souffles haletants, des cris: «Dépêchez-vous!» tandis qu'au dehors sonnaient comme des appels de trompe et que de brusques montées de flammes illuminaient vitres et rideaux.

Le feu!…