Ça, c'était le comble. Mais Tartarin ne s'étonnait plus.

Cinq minutes après, le garçon revint, rapportant la réponse.

Le courrier des Péruviens venait de partir pour la Tellsplatte, où il passerait certainement la nuit.

Cette Tellsplatte est une chapelle commémorative, un de ces pèlerinages en l'honneur de Guillaume Tell comme on en trouve plusieurs en Suisse. On s'y rendait beaucoup pour voir les peintures murales qu'un fameux peintre bâlois achevait d'exécuter dans la chapelle…

Par le bateau, il ne fallait guère plus d'une heure, une heure et demie, Tartarin n'hésita pas. Cela lui ferait perdre un jour, mais il se devait de rendre cet hommage à Guillaume Tell, pour lequel il avait une prédilection singulière, et puis, quelle chance s'il pouvait saisir ce guide merveilleux, le décider à faire la Jungfrau avec lui.

En route, zou!…

Il paya vite sa note où le coucher et le lever du soleil étaient comptés à part ainsi que la bougie et le service, et, toujours précéd de ce terrible bruit de ferraille qui semait la surprise et l'effroi sur son passage, il se rendit à la gare, car redescendre le Rigi pied, comme il l'avait monté, c'était du temps perdu et, vraiment, faire trop d'honneur à cette montagne artificielle.

IV

SUR LE BATEAU.—-IL PLEUT.—-LE HÉROS TARASCONNAIS SALUE DES MANES.—-LA VÉRITÉ SUR GUILLAUME TELL.—-DÉSILLUSION.—TARTARIN DE TARASCON N'A JAMAIS EXISTÉ.—-«TÉ! BOMPARD.

Il avait laissé la neige au Rigi-Kulm; en bas, sur le lac, il retrouva la pluie, fine, serrée, indistincte, une vapeur d'eau à travers laquelle les montagnes s'estompaient, graduées et lointaines, en forme de nuages.