Tartarin s'informa de son homme. On lui apprit qu'il était à table: «Menez-moi vers lui, zou!» et ce fut dit d'une telle autorité que, malgré la respectueuse répugnance qu'on témoignait pour déranger un si important personnage, une servante mena l'Alpiniste par tout l'hôtel, où son passage souleva quelque stupeur, vers le précieux courrier, mangeant à part, dans une petite salle sur la cour.
«Monsieur, dit Tartarin en entrant, son piolet sur l'épaule, excusez-moi si…
Il s'arrêta stupéfait, pendant que le courrier, long, sec, la serviette au menton dans le nuage odorant d'une assiettée de soupe chaude, lâchait sa cuillère.
«Vé! Monsieur Tartarin…
—Té Bompard.
C'était Bompard, l'ancien gérant du Cercle, bon garçon, mais afflig d'une imagination fabuleuse qui l'empêchait de dire un mot de vrai et l'avait fait surnommer à Tarascon l'Imposteur. Qualifié d'imposteur, à Tarascon, jugez ce que cela doit être! Et voilà le guide incomparable, le grimpeur des Alpes, de l'Himalaya, des monts de la Lune!
«Oh! alors, je comprends…» fit Tartarin un peu déçu mais joyeux quand même de retrouver une figure du pays et le cher, le délicieux accent du Cours.
«Différemment, monsieur Tartarin, vous dînez avec moi, qué?
Tartarin s'empressa d'accepter, savourant le plaisir de s'asseoir une petite table intime, deux couverts face à face, sans le moindre compotier litigieux, de pouvoir trinquer, parler en mangeant, et en mangeant d'excellentes choses, soignées et naturelles, car MM. les courriers sont admirablement traités par les aubergistes, servis part, des meilleurs vins et de mets d'extra.
Et il y en eut des «au moins, pas moins, différemment!