En exprimant dans toute sa physionomie la tristesse, Douchmanta soupire: «Sans doute je connais toute la rigueur que lui impose la vie religieuse; je sais qu'elle est entièrement soumise à la volonté de Canoua; et cependant, semblable à un fleuve qui ne peut remonter vers sa source, rien ne peut détourner mon cœur du penchant où il est entraîné. Ah! je le vois, le feu de Siva en courroux couve encore dans mon sein, semblable à ce foyer mystérieux qui brûle dans la profondeur des mers: pourrais-tu sans cela, réduit comme tu le fus en un monceau de cendres, allumer de tels feux dans nos cœurs? Elle vient de passer dans ces lieux! Je le vois à ces fleurs jetées çà et là, et dont les frais calices, quoique détachés de la tige maternelle, conservent encore tout leur éclat; par ces jeunes branches dont la séve laiteuse qui en découle trahit une blessure récente. Quel air vivifiant on respire en ce lieu! Avec quelle volupté tout mon corps, consumé par la fièvre ardente, est caressé par ce doux zéphyr chargé des émanations parfumées du lotus, et des gouttes légères d'une rosée rafraîchissante qu'il vient de dérober en se jouant sur les vagues à peine sensibles du Malini!»
(Regardant autour de lui.) «Ô bonheur! c'est là, sous ce berceau formé des rameaux entrelacés de vitasas en fleurs, que repose Sacountala!
«Oui, je distingue à merveille, sur le sable fin dont est couvert le petit sentier qui y aboutit, la trace récente de ses pas, de ce pied charmant qui s'y est moulé dans toute sa perfection.
«Regardons à travers les branches.» (Il écarte le feuillage, et s'écrie, transporté:)
«Je l'aperçois, ce charme de mes yeux! La voilà négligemment assise avec ses compagnes sur une couche de fleurs! De mon heureuse retraite je vais jouir de leur conversation, pleine du plus charmant abandon!»
XXII
Suit une scène de délicieuse entrevue entre le héros et Sacountala, que ses compagnes ont laissée seule un moment au bord du Malini. Les deux amants s'avouent leur amour. Le héros jure à Sacountala que si elle veut consentir à être son épouse, il la fera monter plus tard sur le trône avec lui, et que son fils sera roi.
«Tu m'oublieras,» lui dit la jeune fiancée. «Moi, t'oublier!» répond le héros. «Va, céleste enfant, en quelque lieu que tu portes tes pas loin de moi, toujours tu resteras attachée à mon cœur. Telle, au déclin du jour, l'ombre d'un grand arbre fuit au loin dans la plaine, quoique constamment fixé à sa racine.»
Le bracelet de Sacountala tombe; le héros le ramasse et le rattache.
«Ne dirait-on pas que c'est la nouvelle lune qui, éprise de la grâce et de la blancheur de ce bras charmant, a abandonné le ciel et a recourbé les deux extrémités minces de son croissant d'argent, pour embrasser avec amour ce bras arrondi?»