CANOUA.

Essuie, essuie tes larmes, ma chère fille; prends courage, et jette un regard ferme sur le chemin que tu as à parcourir.

Viens-tu à surprendre sur ta paupière humide une larme qui chercherait à détruire l'effet de tes résolutions? dissipe-la aussitôt par le plus noble effort. Songe, mon enfant, que, dans la route inégale de la vie, la plus mâle fermeté se trouve souvent exposée aux plus rudes épreuves, et que, de les surmonter, c'est en cela que consiste la vertu.

SARNGARAVA.

Vénérable ermite, vous vous rappelez sans doute ce texte de la loi sacrée: Accompagne ton ami jusqu'à ce que tu rencontres de l'eau! Or, nous voici près de l'étang; congédiez-nous, et retournez à l'ermitage!

L'ERMITE.

Vois, chère Sacountala, comme tout être, pour peu qu'il soit sensible, prend part à la douleur qu'occasionne ton départ.

En vain la femelle du tchairavaca, couchée derrière une touffe de lotus, fait entendre le cri d'amour à son mâle, qui, les yeux attentivement fixés sur toi, et le bec entr'ouvert, d'où s'échappent de longs filaments de verdure qu'il vient d'arracher, néglige de lui répondre.

SACOUNTALA, enlaçant ses bras autour de l'ermite.

Ô mon père! quand reverrai-je cette forêt sacrée?