SACOUNTALA.

Ressouviens-toi du jour où, sous un berceau formé des branches flexibles de l'arbuste vétasa, tu recueillis dans le creux de ta main une eau limpide que contenait le calice surnageant d'un brillant lotus.

LE HÉROS.

Eh bien! eh bien! après?

SACOUNTALA.

Dans cet instant, mon petit faon favori était auprès de nous: «Bois le premier,» lui dis-tu avec douceur, en lui tendant la coupe végétale; mais le timide animal, peu habitué à ta vue, n'osa pas s'incliner pour boire, tandis qu'il but sans défiance quand je pris la coupe de ta main, et que je la lui tendis dans la mienne. Sur quoi tu t'écrias en souriant: «Il est donc bien vrai qu'on ne se fie qu'à ceux qu'on aime, et tous deux vous êtes habitants des mêmes bois!»

Le héros toujours incrédule, se retournant vers les femmes âgées témoins de cette scène:

«Vénérables femmes, on dirait que la ruse est un défaut inné dans le sexe féminin, même parmi les êtres étrangers à notre espèce? Voyez la femelle du cokila: avant de prendre son vol libre et vagabond dans les airs, ne dépose-t-elle pas ses œufs dans un nid étranger, laissant à d'autres oiseaux le soin de faire éclore et d'élever ses petits?»

Sacountala se répand en reproches désespérés contre la cruauté d'un époux qu'elle ne sait pas avoir été aveuglé par les dieux, mais qu'elle croit perfide. Les religieux qui l'accompagnent commencent à douter de sa sincérité, et menacent de l'abandonner à la merci du roi, qu'elle est venue affronter avec tant d'audace.

«Brahmanes!» leur dit le roi, «n'entretenez pas cette jeune femme dans son erreur, jamais je ne fus son époux. Voyez,» ajouta-t-il en empruntant au règne végétal de ces climats une de ses plus conjugales images: