Ma fille! instruite actuellement de la vérité tout entière, tu ne dois plus conserver le moindre ressentiment pour un époux qui, de sa pleine volonté, n'eût jamais cessé de te chérir.
La seule imprécation qui lui avait fait perdre la mémoire a été cause du traitement injurieux qu'il t'a fait éprouver; et, dès que le charme a été rompu, vois comme, à l'instant même, tu as repris ton empire sur son cœur. Tel un miroir dont la surface est ternie ne peut recevoir l'image d'un objet qui s'y peint ensuite avec la plus grande fidélité, dès qu'on lui a rendu son premier poli.
DOUCHMANTA.
Oh! voilà bien l'expression fidèle de tout ce qui s'est passé dans mon âme.
CANOUA.
Mon fils! as-tu embrassé ce charmant enfant que t'a donné Sacountala, et sur lequel j'ai voulu accomplir moi-même les cérémonies usitées à la naissance?
DOUCHMANTA.
Divinité bienfaisante! je vois dans cette insigne faveur un gage assuré de l'illustration de ma race.
CANOUA.
Sache que cet enfant est destiné à se rendre un jour, par sa valeur, maître du monde entier.