LE VIEILLARD.

Ils se nomment l'un Cousa, l'autre Lava: ce sont les noms que leur avait donnés leur céleste nourrice; et, pour preuve qu'ils sont d'une origine plus qu'humaine, ils avaient à côté d'eux des armes divines. Le maître des sages les adopta, les éleva, leur fit enseigner l'usage des armes, puis, lorsqu'ils comptèrent un plus grand nombre d'étés, il les revêtit du cordon de la secte des saints, et mit dans leurs mains les Védas sacrés...

Une autre raison encore a dérangé nos pieuses études. Le sage Valmiki, un jour qu'il se promenait sur les bords du paisible et brillant Tamasâ, vit un oiseleur abattre d'un coup mortel un oiseau qui, à côté de sa douce compagne, faisait retentir la rive de ses accents amoureux. Affligé à ce triste spectacle, le sage exhala par des mots son indignation, et, inspiré par la déesse de l'éloquence, il exprima sa pensée dans un distique improvisé: «N'espère point, barbare, prolonger tes jours, toi dont la main a pu frapper un coup si cruel, et détruire un innocent oiseau qui a trouvé la mort quand il ne songeait qu'à l'amour.»

—Mais, reprend la nymphe, qu'est-il survenu à l'infortunée Sita depuis qu'elle a été conduite dans la forêt?

LE VIEILLARD.

On l'ignore.

LA NYMPHE.

Et que fait Rama? Je tremble qu'il n'épouse une nouvelle reine?

LE VIEILLARD.

Vous le jugez mal: une statue d'or de sa chère Sita est sans cesse sous ses yeux.