Ô martyre divin, supplice rédempteur,
Sceptre du Tout-Puissant, Arbre dominateur
Dont Dieu même jeta la racine féconde;
Étendard glorieux qui gouverne le monde,
Symbole consolant, Croix sainte! noble don,
Garant universel du céleste pardon!
Ton signe révéré, gage de délivrance,
Prodigue à tous les maux des trésors d'espérance:
La crainte et le bonheur t'invoquent tour à tour.
Le soir, du pèlerin tu guides le retour.....
Le crime, en ses remords, vient t'arroser de pleurs,
Et la vierge au front pur te couronne de fleurs.
Tu consoles les rois quand leur trône succombe,
Et du pauvre oublié tu protéges la tombe!
Ah! puissent tes bienfaits s'étendre jusqu'à moi!
Fais que dans mes récits, déguisant leur faiblesse,
La parole de Dieu conserve sa noblesse!
Pour raconter la mort qui sauva l'univers,
Fais que l'Esprit divin se révèle en mes vers,
Et que, douant ma voix de force et d'harmonie,
L'ardente piété me serve de génie!
Les premiers vers de la Vision sont du même accent: La jeune fille, au cœur héroïque, est visitée en songe par l'apparition de Jeanne d'Arc.
Sous les verts peupliers qui bordent nos prairies,
Hier j'avais porté mes vagues rêveries;
J'écoutais l'onde fuir à travers les roseaux,
Et debout, effeuillant le saule du rivage,
J'attachais mes regards sur le cristal des eaux,
Qui, du ciel étoilé réfléchissant l'image,
La nuit sur le vallon répandait sa fraîcheur;
Et les vapeurs du lac dont j'étais entourée,
D'un nuage céleste égalant la blancheur,
Semblaient unir la terre à la voûte azurée.
Mais soudain quel prestige a troublé mes esprits!...
Le lac s'est éclairé d'une flamme inconnue;
Tremblante, je m'approche, et mes regards surpris
Dans l'eau qui la répète ont vu s'ouvrir la nue!
Sur un nuage d'or une femme apparaît...
Son sein était couvert d'une robe éclatante;
Du bandeau virginal sa tête se parait,
Et son bras agitait la bannière flottante.
Sur son front, dégagé du panache vainqueur,
Des lauriers lumineux formaient une auréole.
Alors un saint effroi venant saisir mon cœur,
À genoux j'écoutai sa divine parole.
«Lève-toi, me dit-elle, et reconnais en moi
La vierge des combats, le sauveur de son roi;
Celle qui déserta sa tranquille chaumière
Pour suivre de l'honneur le périlleux chemin;
Celle qui délivra la France prisonnière,
Et qui porte encor dans sa main
Et sa houlette et sa bannière.»
Elle dit, et bientôt, du nuage voilée,
L'héroïne s'enfuit sur la route étoilée.
Je restai seule, en proie à mes nouveaux transports;
Un céleste pouvoir secondait mes efforts;
Le Seigneur m'inspirait; sa divine lumière
Embrasait de ses feux mon âme tout entière,
Et déjà l'avenir était changé pour moi.
Mes yeux entrevoyaient la gloire sans effroi;
D'un orgueil inconnu je me sentais saisie.
«Guide-moi, m'écriai-je, ô toi qui m'as choisie,
Protége de mon cœur la pure ambition!
Je jure d'accomplir ta sainte mission;
Elle aura tous mes vœux, cette France adorée!
À chanter ses destins ma vie est consacrée;
Dussé-je être pour elle immolée à mon tour,
Fière d'un si beau sort, dussé-je voir un jour
Contre mes vers pieux s'armer la calomnie;
Dût, comme tes hauts faits, ma gloire être punie,
Je chanterais encor sur mon brûlant tombeau!
Oui, de la vérité rallumant le flambeau,
J'enflammerai les cœurs de mon noble délire;
On verra l'imposteur trembler devant ma lyre;
L'opprimé, qu'oubliait la justice des lois,
Viendra me réclamer pour défendre ses droits;
Le héros, me cherchant au jour de sa victoire,
Si je ne l'ai chanté doutera de sa gloire;
Les autels retiendront mes cantiques sacrés,
Et fiers, après ma mort, de mes chants inspirés,
Les Français, me pleurant comme une sœur chérie,
M'appelleront un jour Muse de la patrie!»
Il est difficile à une femme de chanter, en vers plus sobres, plus nerveux et plus virils, l'Exegi monumentum de son sexe.
XXV
Le retour dans la patrie, après le voyage en Italie où je l'avais rencontrée, n'est pas exprimé avec moins de simplicité et de grandeur:
Que j'aime ces vallons où serpente l'Isère!
Pourtant je les ai vus ces rivages si beaux,
Où le Tibre immortel coule entre des tombeaux!
J'admirai de ses bords la superbe misère;
Mais les flots sablonneux de ce fleuve agité,
De nos fleuves riants n'ont pas la pureté.
Ce torrent qu'à ses pieds l'Apennin voit descendre,
Et que Rome adora dans ses temps fabuleux,
Semble, dans son cours orgueilleux,
Des empires détruits rouler toujours la cendre.