Le délire monte. Il oppose à ses amis la prospérité du méchant; il n'ose en conclure, mais il laisse conclure l'indifférence ou l'iniquité de Dieu, par conséquent l'athéisme. Sa satire sanglante contre l'humanité s'élève jusqu'au Créateur de l'humanité, complice de ce qu'il ne punit pas en ce monde.
Mais, tout à coup, comme pour se faire pardonner par Dieu et par ses amis ces blasphèmes, il change de note, et il exhale l'hymne le plus inspiré et le plus majestueux que la bouche de l'homme ait jamais balbutié au Tout-Puissant.
«Eh quoi!» dit-il, «qui prétendez-vous donc gourmander? Est-ce Celui qui vous a donné la vie et la parole? Devant la pensée, les ténèbres de la mort palpitent, la mer frémit avec tous les habitants de ses abîmes. Il fait porter et il étend la voûte des cieux sur le vide, il fait flotter la terre sur le néant. Il condense les eaux dans les nuées, et les nuées soutiennent leur propre poids, etc.»
Puis, comme se repentant aussi d'avoir trop dégradé l'homme, il entonne l'hymne de ses grandeurs, il les énumère dans ses innombrables industries, dont l'énumération à cette époque atteste que le travail humain avait déjà transformé le globe. Il divinise l'intelligence ou ce qu'il appelle la sagesse de l'homme.
«Il est un lieu où se forme l'argent; il est une retraite où se trouve l'or.
«Le fer est tiré du sein de la terre, l'airain est arraché à la pierre.
«L'homme recule les confins des ténèbres; il a découvert jusqu'à ces pierres ténébreuses qui avoisinent les ombres de la mort.
«Il creuse dans les montagnes des vallées qui n'ont jamais porté l'empreinte de ses pas; il s'enfonce dans les entrailles de la terre.
«Cette terre, où s'élèvent les moissons, est déchirée intérieurement par un incendie.
«Là croît le saphir; là se forme l'or.