«Alors il vit la sagesse, alors il la montra; il la renfermait en lui, il en sondait les profondeurs.
«Et il a dit à l'homme: Craindre le Seigneur, voilà la sagesse; fuir le mal, voilà l'intelligence.»
Par une réminiscence naturelle, un retour sur lui-même le ramène à la contemplation de sa jeunesse et de son bonheur, dont il fait un tableau embelli par le lointain et par le regret. «Et maintenant je suis le jouet et la risée des fils dont les pères mendiaient une place parmi les gardiens de mes troupeaux.» Scandalisé de sa dégradation et perverti par sa misère, il s'enfle du souvenir de sa propre vertu. «Qu'on ose m'accuser!» dit-il avec orgueil; «que le Tout-Puissant me réponde!»
«Ô Job! arrête-toi!» s'écrient ses amis épouvantés de son blasphème; mais leurs discours ne suffiraient pas à lui fermer les lèvres, quand le souverain interlocuteur, Dieu lui-même, sous la forme d'une inspiration sacrée et irrésistible, intervient dans le dialogue et écrase tout, amis, ennemis, orgueil, murmure, doute, plainte, blasphème, et le poëte lui-même, sous la majesté foudroyante de la parole intérieure qui gronde dans le sein de Job. Les hommes, en effet, n'ont plus de tels accents: Platon, Socrate, Cicéron sont pâles et énervés auprès de ce poëte du désert et des vieux jours.
«Quel est celui qui obscurcit la sagesse par des discours insensés?
«Ceins tes reins comme un guerrier; je t'interrogerai: réponds-moi.
«Où étais-tu quand je jetais les fondements de la terre? Dis-le-moi, si tu as l'intelligence.
«Qui en a établi les mesures? le sais-tu? qui a étendu le cordeau sur elle?
«Sur quoi ses bases sont-elles affermies? qui en a posé la pierre angulaire,
«Lorsque tous les astres du matin me louaient et que tous les fils de Dieu étaient ravis de joie?