Énumérez seulement quelques-unes des conditions innombrables de ce qu'on nomme style, et jugez s'il est au pouvoir de la rhétorique de créer dans un homme ou dans une femme une telle réunion de qualités diverses:
Il faut qu'il soit vrai, et que le mot se modèle sur l'impression, sans quoi il ment à l'esprit, et l'on sent le comédien de parade au lieu de l'homme qui dit ce qu'il éprouve;
Il faut qu'il soit clair, sans quoi la parole passe dans la forme des mots, et laisse l'esprit en suspens dans les ténèbres;
Il faut qu'il jaillisse, sans quoi l'effort de l'écrivain se fait sentir à l'esprit du lecteur, et la fatigue de l'un se communique à l'autre;
Il faut qu'il soit transparent, sans quoi on ne lit pas jusqu'au fond de l'âme;
Il faut qu'il soit simple, sans quoi l'esprit a trop d'étonnement et trop de peine à suivre les raffinements de l'expression, et, pendant qu'il admire la phrase, l'impression s'évapore;
Il faut qu'il soit coloré, sans quoi il reste terne, quoique juste, et l'objet n'a que des lignes et point de reliefs;
Il faut qu'il soit imagé, sans quoi l'objet, seulement décrit, ne se représente dans aucun miroir et ne devient palpable à aucun sens;
Il faut qu'il soit sobre, car l'abondance rassasie;
Il faut qu'il soit abondant, car l'indigence de l'expression atteste la pauvreté de l'intelligence;