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Voilà pourquoi je pars, voilà pourquoi je joue
Quelque reste de jours inutile ici-bas.
Qu'importe sur quel bord le vent d'hiver secoue
L'arbre stérile et sec, et qui n'ombrage pas!
L'insensé! dit la foule.—Elle-même insensée!
Nous ne trouvons pas tous notre pain en tout lieu:
Du barde voyageur le pain, c'est la pensée;
Son cœur vit des œuvres de Dieu!

Adieu donc, mon vieux père! adieu, mes sœurs chéries!
Adieu, ma maison blanche à l'ombre du noyer!
Adieu, mes beaux coursiers, oisifs dans mes prairies!
Adieu, mon chien fidèle! Hélas! seul au foyer,
Votre image me trouble, et me suit comme l'ombre
De mon bonheur passé qui veut me retenir.
Ah! puisse se lever moins douteuse et moins sombre
L'heure qui doit nous réunir!

Six mois après, je parcourais pendant soixante jours, avec une caravane, le désert de Job.

Les impressions que je reçus alors de ces solitudes se sont représentées avec tant de force et de netteté à mon imagination, ces jours-ci, que j'en ai reproduit une partie dans les vers suivants, méditation poétique tronquée dont je copie seulement quelques fragments pour mes lecteurs. Depuis ce pèlerinage dans le désert, j'ai parlé tant d'autres langues que je dois demander indulgence pour ces réminiscences de poésie.

LE DÉSERT OU L'IMMATÉRIALITÉ DE DIEU
MÉDITATION POÉTIQUE.
I

Il est nuit... Qui respire?... Ah! c'est la longue haleine,
La respiration nocturne de la plaine!
Elle semble, ô désert! craindre de t'éveiller.

Accoudé sur ce sable, immuable oreiller,
J'écoute, en retenant l'haleine intérieure,
La brise du dehors, qui passe, chante et pleure;
Langue sans mots de l'air, dont seul je sais le sens,
Dont aucun verbe humain n'explique les accents,
Mais que tant d'autres nuits sous l'étoile passées
M'ont appris, dès l'enfance, à traduire en pensées.
Oui, je comprends, ô vent! ta confidence aux nuits;
Tu n'as pas de secret pour mon âme, depuis
Tes hurlements d'hiver dans le mât qui se brise,
Jusqu'à la demi-voix de l'impalpable brise
Qui sème, en imitant des bruissements d'eau,
L'écume du granit en grains sur mon manteau.

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Quel charme de sentir la voile palpitante
Incliner, redresser le piquet de ma tente,
En donnant aux sillons qui nous creusent nos lits
D'une mer aux longs flots l'insensible roulis!
Nulle autre voix que toi, voix d'en haut descendue,
Ne parle à ce désert muet sous l'étendue.
Qui donc en oserait troubler le grand repos?
Pour nos balbutiements aurait-il des échos?
Non; le tonnerre et toi, quand ton simoun y vole,
Vous avez seuls le droit d'y prendre la parole,
Et le lion, peut-être, aux narines de feu,
Et Job, lion humain, quand il rugit à Dieu!.....