Ils penseront à notre peine,
Et, l'orage enfin dissipé,
Ils reviendront sur le vieux chêne
Que tant de fois il a frappé.
Pour prédire au vallon fertile
De beaux jours alors plus constants,
Les oiseaux que l'hiver exile
Reviendront avec le printemps.

Le Marquis de Carabas et la Marquise de Pretintailles, deux petits pamphlets à double but, l'un de dérider la bourgeoisie, l'autre de désinféoder le paysan, sont restés des proverbes de gaieté et de comique dans l'oreille du peuple. Les prétentions surannées de la noblesse, exagérées par le pinceau d'un autre Molière, y sont livrées à la risée de la multitude comme des tartufes de vanité.

Le poëte s'élève dans la chanson du Dieu des bonnes gens jusqu'à des hauteurs lyriques; la patrie humiliée frémit dans ces vers:

Il est un Dieu: devant lui je m'incline,
Pauvre et content, sans lui demander rien.
De l'univers observant la machine,
J'y vois du mal, et n'aime que le bien.
Mais le plaisir à ma philosophie
Révèle assez des cieux intelligents.
Le verre en main, gaîment je me confie
Au Dieu des bonnes gens.

Dans ma retraite, où l'on voit l'indigence,
Sans m'éveiller, assise à mon chevet,
Grâce aux amours, bercé par l'espérance,
D'un lit plus doux je rêve le duvet.
Aux dieux des cours qu'un autre sacrifie!
Moi, qui ne crois qu'à des dieux indulgents,
Le verre en main, gaîment je me confie
Au Dieu des bonnes gens.

Un conquérant, dans sa fortune altière,
Se fit un jeu des sceptres et des lois,
Et de ses pieds on peut voir la poussière
Empreinte encor sur le bandeau des rois.
Vous rampiez tous, ô rois qu'on déifie!
Moi, pour braver des maîtres exigeants,
Le verre en main, gaîment je me confie
Au Dieu des bonnes gens.

Dans nos palais, où, près de la Victoire,
Brillaient les arts, doux fruits des beaux climats,
J'ai vu du Nord les peuplades sans gloire
De leurs manteaux secouer les frimas.
Sur nos débris Albion nous défie;
Mais les destins et les flots sont changeants:
Le verre en main, gaîment je me confie
Au Dieu des bonnes gens.

On regrette seulement dans ces beaux vers que le refrain, sans rapport avec la pensée, vienne terminer la strophe, qui serait une ode, et qui redevient ainsi malheureusement un couplet. Quelle logique y a-t-il entre l'Empire qu'on pleure en larmes épiques et le dieu des bonnes gens auquel on se confie gaîment? C'est le vice du genre, et c'est en même temps sa trop grande facilité; le refrain remplace le coup de massue que doit frapper l'ode à la fin de la strophe.

XI

Le Retour dans la patrie, élégie chantée par un soldat ou un proscrit, n'a pas ce vice. Le refrain y est le cri de l'amour de la patrie à l'aspect du rivage paternel: