Hector saisit une pierre énorme, «large à la base, conique au sommet; deux hommes forts, tels qu'ils existent aujourd'hui, ne pourraient l'arracher du sol pour la placer sur un chariot. (Voyez comme la tradition de la diminution même physique de l'homme est primordiale!) Hector la balance facilement à lui tout seul; ainsi le berger porte légèrement et d'une seule main la toison d'un bélier!...»
La porte est enfoncée, les Troyens pénètrent dans l'enceinte fortifiée des Grecs. Hector, à la tête des Troyens, se précipite impétueux sur les Grecs, «semblable à la pierre arrondie, détachée du rocher natal, que le torrent roule sur sa pente, lorsque, grossi par une longue pluie, il a défoncé les appuis de cette énorme pierre; elle roule en bondissant, et ses bonds font retentir la forêt; elle court avec impétuosité jusqu'à ce qu'elle arrive à la plaine; alors elle cesse de rouler, malgré son élan rapide; tel est Hector, etc.»
XXIV
Les innombrables épisodes de bataille de ce treizième chant sont écrits à la pointe du fer et en traits de flamme et de sang sur le champ du meurtre. Nous ne les reproduirons pas; le temps nous emporte. Les vers, les images sont aussi frappants que les coups de lance. «Ajax, fils d'Oïlée, est toujours auprès d'Ajax, fils de Télamon; il ne le quitte pas d'un moment. Tels, dans un champ à labourer, deux bœufs noirs traînent avec la même ardeur une pesante charrue; de leurs fronts hérissés de cornes découle une abondante sueur. Séparés seulement par le joug brillant, ils creusent un sillon profond et fendent le sein de la terre! Malgré sa valeur, Hector est refoulé avec les siens.»
Nestor, cependant, pendant qu'il buvait en paix dans sa tente, entend les clameurs du combat. «Reste ici, dit-il à Machaon blessé, reste ici et continue à boire ce vin coloré, en attendant que la blonde Hécamède ait chauffé le bain pour que tu y laves le sang de tes blessures. Je vais monter sur ce tertre afin de tout voir de loin!»
Les chefs des Grecs, consternés, accourent en fuyant vers lui et racontent leur désastre. Ici Homère remonte au ciel pour y chercher la cause des événements humains.
Junon, qui tremble pour les Grecs, aperçoit son époux Jupiter sur le sommet du mont Ida, riche en fontaines; elle veut le séduire et l'endormir pour profiter de son sommeil en faveur des Grecs. Elle emprunte à Vénus ce charme indéfinissable qui fait aimer, charme figuré par la ceinture de Vénus. Junon invoque aussi le Sommeil. Ce dieu monte sur la cime d'un pin du mont Ida pour en descendre sous la forme de murmure et d'ombre sur les yeux de Jupiter.
La ruse de Junon réussit; Jupiter aperçoit son épouse: il se sent épris d'elle aussi vivement que le jour où ils furent unis par l'Amour à l'insu de Saturne et du père des dieux. Un nuage descend sur le gazon de l'Ida, germant le lotus, le safran, l'hyacinthe.
Le Sommeil ferme les yeux des divins époux; il profite de cet assoupissement de Jupiter pour aller réveiller les Grecs et les ramener contre les Troyens. Les combats recommencent. Hector est écrasé sous une pierre énorme lancée par Ajax. Ses compagnons l'emportent, respirant à peine, dans Ilion.
Jupiter, en se réveillant, s'indigne contre Junon, la gourmande avec mépris et injure, et lui ordonne de retourner au ciel. «Aussitôt, dit le poëte, la belle Junon, docile aux ordres de son époux, vole des sommets de l'Ida jusque dans le vaste Olympe. «Ainsi s'élance la pensée de l'homme qui jadis a parcouru de nombreuses contrées; il se les retrace dans son esprit avec une mémoire intelligente, se disant: J'étais ici, j'étais là, et se représentant une foule de souvenirs. Aussi rapide s'élançait l'impatiente Junon, etc., etc.»