Voulez-vous l'excès de l'infortune humaine: suivez le vieux Priam aux genoux du meurtrier de son fils ou ramenant dans la nuit à son épouse, la vieille Hécube, le cadavre inanimé et souillé de poussière de son dernier enfant!
Voilà pour la terre.
Et maintenant voulez-vous le ciel tel que la brillante et voluptueuse imagination des Grecs l'avait peuplé d'allégories personnifiées en divinités élémentaires: suivez le poëte sur l'Olympe, sur l'Ida aux riches fontaines; dans le nuage dont Jupiter s'enveloppe avec Junon; dans les forges de Vulcain, où tous les arts se résument en un chef-d'œuvre pour former le bouclier d'Achille! dans les grottes des Néréides! dans les palais liquides de Thétis! dans les molles retraites de Vénus! dans les nuées sanglantes où la Terreur attelle les coursiers de Mars! vous avez toute la nature, tous les hommes et tous les dieux de l'Olympe, le monde matériel complété par le monde immatériel; l'univers, enfin, entendu dans la plus large acception du mot; l'univers, exposé, non raconté, non décrit, non analysé seulement par la froide main de la science, mais l'univers senti, peint et chanté par la voix la plus mélodieuse et dans la plus musicale des langues prosodiées qui enchantèrent jamais l'oreille humaine.
Encore une fois, voilà l'Iliade! voilà Homère! On ne s'étonne, en fermant ce poëme, que d'une seule chose: c'est que la nature, l'étude, l'art et le génie aient suffi pour produire en un seul homme un pareil homme, et que les Grecs, qui divinisaient tout, n'aient pas fait d'un pareil homme un dieu!
Lamartine.
COURS FAMILIER
DE
LITTÉRATURE
XXVIIe ENTRETIEN.
3e de la troisième Année.