II

Nous ne prétendons pas discuter ici pour ou contre la nature d'inspiration directe ou indirecte de ces livres sacrés; ce n'est ni la place, ni le sujet de ces controverses dans un Cours de littérature. Si Dieu s'était déclaré l'auteur de ces livres ou de ces chants, l'historien de ses propres mystères, le poëte de ses propres œuvres, quel serait donc l'insecte assez superbe, assez insensé et assez sacrilége pour se poser en critique du Créateur de la pensée et de la parole? Admirer, dans ce cas, serait presque aussi insolent et aussi impie que critiquer. Il n'y aurait qu'à s'abîmer devant le Barde suprême dans le silence et dans la poudre! La langue blasphémerait contre le palais! l'argile en remontrerait au potier!

Nous pensons à cet égard comme La Harpe dans son Cours de Littérature ou plutôt de rhétorique sacrée.

«Quand les poëmes de Moïse, de David, d'Isaïe, ne nous auraient été donnés que comme des productions purement humaines, ils seraient encore, par leur originalité, par leur antiquité, dignes de toute l'attention des hommes qui pensent, et, par les beautés littéraires dont ils brillent, dignes de l'admiration et de l'étude de ceux qui ont le sentiment du beau.»

Lisons donc ces chants inspirés; ils ont passé par des bouches humaines, et, sous ce point de vue au moins, ils ressortent du jugement humain.

III

Les livres sacrés ou divinement inspirés tiennent une place immense dans la géographie littéraire du globe, et surtout du globe antique. L'imagination, plus impressionnable, jouait, dans ce monde antique, un plus grand rôle que dans les temps modernes; la critique n'y existait pas. Les Védas chez les Indiens, les Kings chez les Chinois, le Zend-Avesta chez les Persans, les Chants orphéiques chez les Grecs, les feuilles même de la Sybille chez les Romains, la Bible et les Psaumes chez les Hébreux, sont les principaux monuments sacrés de ces différentes zones de la terre. Toute civilisation, toute religion reposent sur un livre. Les livres sont les pyramides des pensées de l'homme, ou plutôt les livres sacrés sont les temples intellectuels qui semblent avoir poussé d'eux-mêmes et sans architectes du sol, pour contenir les idées de l'humanité sur Dieu ou les dieux. Les poëtes lyriques (ceux qui chantent), les auteurs des hymnes, des cantiques, des psaumes, des prophéties, étaient alors les inspirés d'en haut, les oracles vivants, les prophètes.

Plus tard cette inspiration de l'enthousiasme chanté, descendit plus bas dans les littératures purement profanes, et, de sacrée qu'elle était, cette inspiration devint purement littéraire. Alors naquirent les lyriques patriotes, comme Tyrtée, les lyriques philosophes, comme Orphée ou Solon, les lyriques érotiques, comme Anacréon et Sapho, les lyriques purement poétiques, comme Horace (chantant pour chanter et pour plaire); enfin les lyriques académiques de nos derniers siècles, comme Hafiz en Perse, Pétrarque en Italie, Dryden en Angleterre, Klopstok, Göthe, Schiller en Allemagne, Malherbe, Racine, Jean-Baptiste Rousseau, Lefranc de Pompignan et les grands chanteurs contemporains de notre pays, au sommet desquels chantait Victor Hugo, enfant, ce Benjamin de la tribu de la lyre.

Aujourd'hui nous ne parlons que des lyriques hébreux, et principalement de David, le poëte berger, le poëte guerrier, le poëte roi, le plus complet, le plus pathétique, le plus religieux de ces prophètes. David n'est pas seulement le plus inspiré, mais le mieux inspiré de tous ceux qui écoutèrent chanter en eux l'inspiration humaine en s'accompagnant d'une harpe. David fait éternellement couler les larmes de son cœur dans le cœur d'autrui, avec le doux murmure du suintement de la source du Siloé dans la vallée des Lamentations.

IV