Aussi David est-il devenu le poëte des âmes et le poëte des temples.
Lisons maintenant ses chants, et essayons de recomposer cette vie avec ses hymnes ou avec ses gémissements immortels. Le poëte et la poésie sont ici une seule chose. Il n'y a pas une note de cette harpe qui ne soit un homme; il n'y a pas une fibre du cœur de cet homme qui ne soit une note! Et, pour comble de merveille, tout ce chant monte à Dieu, et toute cette poésie est un holocauste, une prière, une humilité ou une sanctification.
XXI
Maintenant, pour nous faire une idée juste de ce qu'est la poésie lyrique, écoutons chanter dans un même homme d'abord ce pauvre petit berger des montagnes de Bethléem; puis cet adolescent armé de sa fronde, libérateur de son pays; puis ce musicien favori de Saül assoupissant avec sa harpe les convulsions d'esprit de son roi; puis ce proscrit cherchant asile dans les cavernes de Moab; puis ce chef de bande et de parti courant les aventures sur les frontières de la Judée; puis ce roi choisi par les prêtres et acclamé par le peuple pour éteindre la race de Saül et pour fonder sa propre dynastie; puis ce souverain exalté par sa haute fortune, ne refusant rien à ses intérêts ni à ses amours, et ternissant ainsi sa vieillesse après avoir couvert d'innocence et de gloire ses jeunes années; puis le vieillard puni, repentant, rappelé à Dieu par l'extrémité de ses châtiments, et convertissant encore ses sanglots en cantiques pour fléchir et pour attendrir son juge là-haut.
On voit qu'aucune note de la vie humaine ne manque à cette harpe, dont les vibrations résonnent encore jusqu'à nous.
XXII
Mais pour sortir du style figuré, qu'était-ce en réalité que cette harpe dont les poëtes hébreux, et surtout David, accompagnait ses chants?
Il paraît, d'après l'Écriture, que David, tout à la fois musicien et poëte, avait deux instruments, l'un pour la mélodie, l'autre pour l'accompagnement de ses vers. L'Écriture, en effet, nous parle d'abord d'un petit berger, fils d'un nommé Isaï, de Bethléem, que les officiers de la tente de Saül ont entendu jouer délicieusement de la flûte sur la colline en gardant les brebis de son père. C'est pour cela qu'on songe à lui et qu'on le fait venir la première fois au camp, afin d'amuser et de calmer la maladie mentale du roi.
Mais, indépendamment de ce talent de joueur de flûte, quand l'âge eut développé le génie poétique et la valeur héroïque du jeune berger, il paraît, par le langage subséquent de l'Écriture, que David, comme les autres prophètes de la Judée ou de l'Arabie, rejeta la flûte et prit la harpe, instrument plus viril, aux cordes graves, qui inspirait ou accompagnait toujours les vers en ces temps-là. Cette harpe hébraïque était sans doute un instrument à deux ou trois cordes, semblable à celui que les Grecs appelaient lyre, et dont Achille s'accompagne pour pleurer Briséis sous sa tente ou au bord des flots de la mer, au ravissement de son ami Patrocle.