On sent l'art partout sous l'inspiration, dès le début de ses plus belles odes.

«Ainsi qu'un architecte consommé (dit-il avant de chanter les mules d'Agésias); ainsi qu'un architecte consommé décore de colonnes semblables à l'or la façade d'un palais, ainsi, avant de célébrer la victoire de ce grand pontife de Jupiter qui habite Syracuse, dois-je faire précéder cet hymne à sa gloire d'un exorde resplendissant!

«Ô Phinthès, poursuit le poëte, attelle au timon mes mules infatigables, afin que, monté sur mon char, je m'élance d'un vol rapide dans des sentiers non encore frayés, et que je remonte à la tige illustre de tant de héros couronnés aux jeux Olympiques.»

Puis, sans transition, et comme emporté déjà par les mules poétiques aux bords de l'Alphée, il assiste en esprit à la naissance miraculeuse d'Evadné. Il raconte la filiation des héros de cette maison.

Dans toutes ses odes l'artiste en gloire suit la même marche: une invocation et un récit qui paraît étranger d'abord au sujet, et auquel il rattache les plus poétiques aventures des dieux et des hommes. Revenant sans cesse au prix inestimable des louanges distribuées par le poëte à ses héros:

«Comme le vent emporte le navigateur sur la plaine liquide,

«Comme les rosées abondantes engraissent la terre et la fécondent,

«Ainsi les louanges des poëtes contemporains aux hommes qui veulent illustrer leurs noms par leurs vertus ou par leurs victoires,

«Les hymnes plus douces que le miel, transmettent leurs exploits aux siècles à venir!...

«Il est temps,» dit-il lui-même à la fin de ces interminables digressions qui semblent l'éloigner de sa route, «il est temps que mes mains cessent de lancer ces poignées de flèches qui volent loin du but que je veux atteindre!»