Cicéron, cependant, par ce divin effroi
Qui glace la vertu lorsque le vice est roi,
De Rome, avant l'arrêt, l'âme déjà bannie,
Parcourait en proscrit sa chère Campanie,
Tantôt quittant la plage et se fiant aux flots,
Tantôt montrant du geste une île aux matelots;
Enfin, las de trembler de retraite en retraite,
Il se fit débarquer dans ses bains de Gaëte,
Délicieux jardins bordés de mers d'azur
Où le soleil reluit sur le cap blanc d'Anxur,
Où les flots, s'engouffrant dans ces grottes factices,
Lavaient la mosaïque, et, par les interstices,
Laissant entrer le jour flottant dans le bassin,
Des rayons sur les murs faisaient trembler l'essaim.
Mais des soldats rôdeurs les pas sourds retentirent;
Par leurs gazouillements ses oiseaux l'avertirent:
Quelques reflets de hache avaient dû les frapper;
Remontant en litière, il tenta d'échapper.
Il descendait déjà le sentier du rivage
Où sa galère à sec s'amarrait à la plage,
Quand on lui demanda sa tête!—La voilà!
Il tendit son cou maigre au glaive; elle roula.
Le jardin qu'il aimait but le sang de son maître...

De son bouquet sanglant ardente à se repaître,
Fulvie, en recevant la tête dans son sein,
Passa sa bague au doigt du tribun assassin;
Puis, dans l'organe mort pour punir la harangue,
De son épingle d'or elle perça la langue,
Et sur les Rostres sourds fit clouer les deux mains
Qui répandaient le geste et le verbe aux Romains!

Ainsi mourut, au site où se plaisait sa vie,
La gloire des Romains, l'ennemi de Fulvie!
Son beau cap, ses jardins, sa mer, ses bois, ses cieux,
Lui prêtèrent la place et l'heure des adieux;
Ses oiseaux familiers, voletant dans la nue,
Lui chantèrent au ciel sa libre bienvenue!
Le sort garde-t-il mieux à ses grands favoris?
Qui ne voudrait trembler et mourir à ce prix,
Léguant comme ce sage, au sortir de la vie,
Son âme à l'univers et sa tête à Fulvie?

Il n'est plus de Fulvie et plus de Cicéron;
Notre Fulvie, à nous, c'est quelque amer Fréron
Dont la haine terrestre au feu du ciel s'allume
Et qui nous percera la langue avec sa plume!

Lamartine.

COURS FAMILIER
DE
LITTÉRATURE

XXVe ENTRETIEN.

Premier de la troisième Année.

LITTÉRATURE GRECQUE.
L'ILIADE ET L'ODYSSÉE D'HOMÈRE.

I