Voilà un principe d'autorité auquel on remonte sans hypothèse, sans abstraction, sans polémique, au commencement des temps; c'est la nature qui l'impose, c'est l'instinct qui le reconnaît, c'est la tendresse paternelle qui le modère, c'est la piété filiale qui le moralise et qui le sanctifie.

C'est le principe d'autorité fondé sur le fait, sur la nature et sur la tradition. Confucius l'adopte dans sa politique.

Lorsque la première famille humaine trop nombreuse se subdivise en familles secondaires, le même principe se retrouve dans le père et dans le fils de chaque famille, puis de chaque tribu, puis, quand la tribu s'agrandit, dans le chef paternel et dans les sujets filiaux de chaque empire.

Ce principe d'autorité, selon Confucius, peut subir des révoltes, des altérations, des interrègnes, des éclipses, mais il n'en constitue pas moins, même dans ces altérations, le principe abstrait, préexistant et permanent des gouvernements. La nature selon lui est monarchique.

XXVII

Ce principe d'autorité trouvé ou retrouvé, on conçoit quelle sainteté naturelle et originelle Confucius et ses disciples impriment au pouvoir monarchique confondu avec le pouvoir paternel; on conçoit aussi quelle dignité, quelle moralité, quelle solidité ce même principe donne à l'obéissance filiale des peuples. C'est pour eux la législation du sentiment. Ni tyrans ni esclaves; un père sans tyrannie pour tous, des enfants sans murmure d'un même père, voilà l'autorité.

Nous allons voir comment Confucius et ses disciples tempèrent ce pouvoir qui serait ou deviendrait tyrannique s'il était absolu dans la pratique comme il l'est dans la théorie. Il le tempère par ce même esprit de famille dont il fait le fondement de sa politique.

Voyons d'abord la constitution politique que le philosophe législateur fait découler ou plutôt laisse découler de son principe d'autorité paternelle.

Le souverain est le père et la mère de l'empire.

Les sujets sont tenus envers lui à la même piété filiale qu'envers leur propre père.