Le maître de ces escadrons de cavales demande Mireille à son père. Raymond l'agrée, fait venir Mireille; mais Mireille demande du temps, pleure et se sauve. «Père, dit le cavalier, il suffit; je retire ma demande, car un gardien des cavales de la Camargue connaît la piqûre du cousin!» «Il a deviné que le cœur de l'enfant n'est plus à elle. Triste et résigné, il reprend au repas le sentier pierreux du désert.»

XX

Un troisième, féroce gardeur de taureaux et de vaches, arrive avec la confiance de sa richesse et la dureté de son métier.

«Combien de fois, dit le poëte, n'avait-il pas, dans les ferrades (jour de l'année où l'on marque les animaux sauvages dans la Camargue), combien de fois n'avait-il pas renversé à terre ses taureaux par leurs cornes? Combien de fois, rude sevreur des veaux, ne les avait-il pas sevrés, et sur le dos de la mère irritée rompu des brassées de gourdins, jusqu'à ce qu'elle fuie la grêle des coups, hurlante et retournant la tête vers son nourrisson entre les jeunes pins?»

Où avez-vous vu dans les épopées pastorales, depuis les tentes de Jacob, de pareilles images?

Un magnifique combat de taureaux dans la plaine d'Arles diversifie le poëme. Le toucheur de bœufs triomphe, mais, jeté en l'air par les cornes de l'animal, il reste marqué d'une cicatrice au front. Les couronnes qu'il a reçues des filles d'Arles lui donnent la certitude d'honorer Mireille en la demandant pour épouse.

Monté sur la jument blanche, il vient, plein de confiance, au mas des Micocoules; il rencontre Mireille lavant, comme Nausicaa, à la fontaine. «Dieu! qu'elle était belle, trempant dans l'argent de l'écoulement de la source ses pieds au gué!»

Le dialogue entre le fier toucheur de bœufs et la jeune laveuse est à lui seul une idylle accomplie; combien nous regrettons de ne pas le reproduire en entier! Enfin l'amoureux propose à Mireille de le suivre au pays de la Camargue, où l'on entend la mer à travers les rameaux sonores des pins. «Ils sont trop loin, vos pins, répond-elle.—Prêtres et filles, réplique le bouvier, ne peuvent savoir jamais la patrie où ils iront manger leur pain un jour.» Il me suffit de le manger avec celui que j'aime. Je ne demande rien de plus pour me sevrer de mon nid.—Belle, alors, dit le bouvier, donnez-moi votre amour!

«Je vous le donnerai, jeune homme, réplique Mireille; mais, avant, ces orties porteront des grappes de raisins vermeils, votre bâton à trident de fer fleurira, ces collines de rocher s'amolliront comme de la cire, et l'on ira par mer au village des Beaux sur la roche au milieu des terres!»

XXI