«—Mais je ne vois pas pourquoi vous ne me diriez pas à moi-même...
«—Ah! je vous demande pardon, il y a des choses qui sont personnelles.
«—Mais, Monsieur le Comte, quand vous serez à Paris, il faudra bien que vous voyiez M. de Champagny.
«—Je ne le verrai point, Monsieur le Général, du moins pour lui dire ce que je veux dire.
«—Cela n'est pas possible; Monsieur, l'Empereur ne vous recevra pas.
«—Il est bien le maître, mais je ne partirai pas, car je ne partirai qu'avec la certitude de lui parler.
«Il en revint toujours à sa première question:—Mais qu'est-ce que vous voulez? Enfin, Monsieur, la carte géographique est pour tout le monde; vous ne pouvez voir autre chose que ce que j'y vois. Voudriez-vous Gênes? la Toscane? Piombino? Il courait toute la carte.
«—Je vous ai dit, Monsieur le Général, qu'il ne s'agit que de parler tête à tête à votre empereur, oui ou non.
«Je vous exprimerais difficilement l'étonnement du général, et vraiment il y avait de quoi être étonné. Cette conversation mémorable a duré, avec une véhémence incroyable, depuis sept heures du soir jusqu'à deux heures du matin. Un seul ami présent mourait de peur que l'un des deux interlocuteurs ne jetât l'autre hors des gonds; mais je m'étais promis à moi-même de ne pas gâter l'affaire, et, pourvu que l'un des deux ait fait ce vœu, c'est assez.
«Le général Savary m'a dit en propres termes: