MÉPHISTOPHÉLÈS.

Celle-là? Bon! Elle vient de chez son prêtre, qui lui a donné à bon droit l'absolution; je m'étais glissé derrière le confessionnal. Mais c'est l'innocence même que cette enfant: je n'ai aucun pouvoir sur elle!

Faust insiste avec l'autorité et la véhémence de la passion qui veut être servie et non conseillée: «Quelque chose seulement d'elle, un fichu de son cou, une chose qui l'ait touchée!—Eh bien! dit Méphistophélès, je ferai plus: elle est maintenant sortie de sa demeure, je vais t'introduire dans sa chambre; là tu pourras tout seul te repaître dans l'atmosphère qu'elle habite en paix, atmosphère d'espérance et d'illusion.»

XXXII

La scène change; c'est le soir du même jour. Marguerite, rentrée, est seule dans sa chambre, tresse ses nattes de cheveux et les relève de ses mains enfantines autour de sa tête. Elle rêve à haute voix en se parant. «Je voudrais bien savoir, murmure-t-elle, quel était ce jeune seigneur d'aujourd'hui. Il est bien beau et il doit être de noble race; cela se lit sur son visage; autrement il n'aurait pas été si familier.» (Elle sort de nouveau.)

Méphistophélès et Faust paraissent sur le pas de la porte; c'est là une des plus charmantes scènes inventées par le génie divin ou satanique de l'amour, et dont on ne trouve de trace ni dans le drame antique ni dans le moderne. Shakspeare même dans son chef-d'œuvre, Roméo et Juliette, n'a pas cette délicieuse invention: la respiration de l'atmosphère aimée dans laquelle respire la personne qu'on aime! la visite au vide animé qui a contenu l'idole de ses yeux. Écoutez:

MÉPHISTOPHÉLÈS, à Faust intimidé par ce sanctuaire.

Entre tout doucement; allons! entre!

FAUST, après un moment de silence.

Je t'en supplie, laisse-moi tout seul.