Et son air noble!
Et sa parole pénétrante!
Et sa main qui presse la mienne!
Ô ciel! Et son baiser! etc.

Adieu mes jours de paix!
Mon âme est navrée! etc.

Après cette apparition et cette complainte mélancolique qui fait lire dans le cœur muet de Marguerite, la scène est transportée de nouveau au jardin de Marthe, la voisine veuve, entremetteuse des entrevues. Écoutez ce dialogue que Goethe a surpris mot à mot entre les lèvres de l'amant et l'oreille de l'amante. Qui ne l'a pas entendu une fois au moins dans sa vie? L'âme pieuse de la femme, être plus divin que nous dans ses aspirations, parce qu'il est moins distrait et plus sensible, s'y retrouve tout entière. Dans quel drame antique, dans quel drame français trouverez-vous une telle scène? Racine lui-même, qu'on appelle tendre, a-t-il soupiré ainsi dans Esther? Il y a aussi loin de ces tragédies d'apparat à cette tragédie de l'âme qu'il y a loin de la déclamation théâtrale au sang chaud qui crie en suintant de la blessure secrète du cœur.

MARGUERITE, FAUST, seuls au jardin.

MARGUERITE.

Promets-moi, Henri!

FAUST.

Tout ce qui est en ma puissance.

MARGUERITE.

Eh bien! dis-moi, comment te comportes-tu avec la religion? Tu es un bon, un excellent cœur; mais je crois que tu n'en as pas beaucoup.