Dorothée suit Herman vers la ville. «Ils s'en vont tous les deux à pied aux rayons du soleil couchant; ils causent de la pluie et du beau temps; ils se plaisent à voir les hautes tiges des blés que le vent incline, et qui, le long du sentier où ils passent, s'élèvent à la hauteur de leurs fronts.»
Cependant Dorothée interroge prudemment son nouvel ami sur le caractère de ses parents qu'elle va servir, afin de leur complaire en toute chose. «Et toi, maintenant,» lui dit-elle après avoir reçu toutes ses instructions, «dis-moi comment je dois en agir avec toi, fils unique de mes maîtres, qui seras mon maître aussi.»
XVII
Au moment où elle parlait ainsi, ils arrivaient tous deux auprès du poirier. La lune brillait dans toute sa splendeur; le dernier rayon du soleil avait disparu, et dans l'espace leur regard découvrait à la fois une clarté brillante comme celle du jour et les ténèbres de la nuit. Herman avait entendu avec joie la dernière question que lui avait adressée la jeune fille. Ils s'assirent tous deux sous le poirier pour se reposer un instant, et il allait lui ouvrir son cœur en lui prenant la main; mais, en sentant au doigt de la jeune fille l'anneau d'or, signe fatal, il craignit d'entendre un refus, et ils restèrent ainsi l'un près de l'autre assis en silence. Puis Dorothée dit: «Que j'aime cette douce lumière de la lune! C'est une clarté presque aussi vive que celle du jour. Je vois distinctement les maisons, les tours de la ville, et j'aperçois une fenêtre au-dessous du toit; il me semble que je pourrais en compter les vitres.
«—Cette maison que tu aperçois, dit le jeune homme, est notre demeure; c'est là que je te conduis, et cette fenêtre est celle de ma chambre, qui deviendra la tienne peut-être, car nous ferons des changements dans notre maison. Ces blés qui sont mûrs pour la moisson de demain sont à nous; nous viendrons nous asseoir à l'ombre de ce poirier et prendre ici notre repas. Mais, viens, descendons par le sentier de la vigne et du jardin; car, vois, l'orage approche, et le nuage enveloppera bientôt la clarté de la lune.»
Tous deux se lèvent et descendent dans le champ couvert de blonds épis, heureux de voir la lueur nocturne qui les éclaire encore; ils avancent ensuite dans la vigne et cheminent dans l'obscurité.
Herman conduit la jeune étrangère le long des escaliers aux degrés rustiques et informes placés sous la treille qui les obscurcit; elle s'avance à pas tremblants en appuyant sa main sur l'épaule d'Herman.
La lune projetait à travers les pampres quelques lueurs vacillantes; mais, bientôt voilée entièrement de nuages, elle laisse le jeune couple dans une complète obscurité.
«Herman soutient d'un bras robuste et avec précaution la jeune fille penchée sur lui; mais, comme elle ne connaît ni le chemin ni ses sentiers difficiles, elle fait un faux pas; le pied lui manque et craque légèrement. Elle est près de tomber; mais elle glisse sur lui; il étend à la hâte le bras et soutient sa bien-aimée. Elle s'incline doucement sur son épaule; leurs poitrines, leurs joues se touchent, et lui reste là, immobile comme le marbre, enchaîné par son austère volonté. Il n'ose l'étreindre plus fortement, mais il se raffermit pour lui servir d'appui. Chargé de son doux fardeau, il sent les battements du cœur de la jeune fille, il respire le parfum de son haleine et supporte avec un mâle sentiment cette femme qui fait l'honneur de son sexe.
«Cependant elle cache la douleur qu'elle éprouve au pied et lui dit en riant: «S'il faut en croire les gens bien avisés, quand notre pied craque non loin du seuil de la maison où l'on se dispose à entrer, c'est un signe de malheur. J'aurais pourtant voulu recevoir un meilleur présage. Mais arrêtons-nous un moment, afin que tes parents ne te reprochent pas de leur amener une fille boiteuse et d'être un hôte peu intelligent.»